[Chronique] L’estrange malaventure de Mirella, de Flore Vesco

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« La jeune fille regretta aussitôt sa parole. Que lui prenait-il ? Elle était là, assise sur un banc, à converser familièrement avec la Peste. Et voilà, en prime, qu’elle promettait de lui faire des cadeaux. »


 
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L’estrange malaventure de Mirella
Autrice 
: Flore Vesco
Illustrateur :
Éditeur : L’école des loisirs
Genre : Fantastique / Réécriture de conte
Date de parution : 17 avril 2019
Nombre de pages : 210
Prix : 15,50 €
Synopsis
Moyen Age. Les rats ont envahi la paisible bourgade d’Hamelin. Vous croyez connaître cette histoire par cœur ? Vous savez qu’un joueur de flûte va arriver, noyer les rats en musique, puis les enfants d’Hamelin ? Oubliez ces sornettes : la véritable histoire est bien pire, et c’est grâce à Mirella, une jeune fille de 15 ans, qu’on l’a enfin compris. Jusqu’ici, elle passait inaperçue en ville – qui s’intéresserait à une porteuse d’eau, à une crève-la-faim, une enfant trouvée ? Seulement voilà, Mirella a un don ignoré de tous : elle voit ce que personne d’autre ne voit. Par exemple, elle a bien repéré ce beau jeune homme en noir, qui murmure à l’oreille de ceux qui vont mourir de la peste… Et ça lui donne une sacrée longueur d’avance. Y compris sur le plus célèbre dératiseur de tous les temps.

MON avis

J’avais remarqué ce roman à sa sortie, mais je trouve qu’on l’a très peu vu passer sur les blogs et les réseaux sociaux et c’est dommage, car on est sur un roman jeunesse de très grande qualité !

L’estrange malaventure de Mirella (déjà on en parle de ce titre ? Je trouve qu’il donne bien le ton) est une réécriture du conte Le joueur de flûte de Hamelin réadapté avec une touche très moderne d’un point de vue féminin. En effet, l’histoire suit Mirella, une jeune porteuse d’eau de la cité de Hamelin qui n’a pas vraiment été gâtée par la nature, car en plus d’être orpheline, elle est rousse et autant dire qu’elle est très mal acceptée dans cette société du Moyen Âge. Flore Vesco nous narre donc le conte du point de vue de Mirella et bien sûr elle va jouer un rôle très important dans toute cette histoire.

Parlons d’abord du style d’écriture qui est un des points marquants de ce récit. En effet, dans tout le roman et pas seulement dans le titre Flore Vesco a utilisé un mélange entre langage moderne et ancien français. On pourrait penser qu’un tel mélange serait maladroit, mais au contraire l’autrice a beaucoup travaillé son texte pour que le tout soit naturel. Elle joue avec l’ancien et le moderne tant au niveau de l’écriture que du contexte et des thèmes abordés, puisque, vous l’aurez peut-être déjà compris, mais ce roman possède une bonne dose de féminisme (entre autres). Elle reste cependant sur le ton classique du conte dans sa narration (que ça soit au niveau du temps utilisé ou de la construction de l’intrigue avec la morale qui va avec) pour vraiment faire un parallèle moderne du conte original. Ce roman est le parfait exemple qui illustre le fait qu’on peut écrire un roman jeunesse avec une écriture travaillée et soignée. Un lexique est tout de même disponible en fin d’ouvrages (avec d’autres bonus très sympathiques) auquel j’ai parfois dû me référer, mais l’ensemble reste assez intuitif.

« N’écoutez point cette puérile historiette, glanée d’après les racontards et fableries des colporteurs. L’affaire ne s’est pas déroulée telle qu’on l’a dit. La véritable histoire est bien pire. »

Au niveau de l’intrigue, le format conte fait qu’il n’y a pas énormément d’action, le rythme est globalement assez lent. L’autrice prend du temps pour installer son récit et surtout pour qu’on apprenne à connaître Mirella, ce qui fonctionne bien puisqu’on ne peut qu’avoir de l’empathie et de l’affection pour ce personnage. La première moitié du récit nous conte donc le quotidien difficile de la jeune fille du fait de son métier physique et du fait qu’elle soit rejetée par la population qui ont peur d’elle. Mais, Mirella arrive aussi à un âge où elle doit se méfier des hommes et où globalement le danger n’est jamais loin (qu’il vienne donc des hommes, mais aussi des épidémies de maladie). Les thèmes abordés sont donc assez durs surtout pour un roman jeunesse et l’autrice ne cache pas la réalité des choses, même si elle parvient à le faire comprendre avec une certaine subtilité.

Il faut donc attendre la moitié du roman (qui ne fait que 200 pages, ce qui n’est pas si long en soi, mais c’est surprenant) pour voir l’apparition du fameux joueur de flûte et c’est là que l’intrigue va prendre un autre ton. Les thèmes abordés étaient déjà difficiles, mais là c’est la mort elle-même qui va rôder dans Hamelin puisque les rats qui ont envahi le village ont aussi amené la peste. Et l’autrice a trouvé un très bon moyen de parler de ce thème en personnifiant la Peste. Mirella va donc pouvoir la côtoyer et c’est à travers ces deux personnages que vont être passé les messages les plus forts du récit.  J’aime beaucoup le procédé de personnification d’allégories et ça fonctionne très bien dans ce récit et dans son atmosphère. L’angoisse constante dans laquelle vivent les habitants de Hamelin vont permettre à Mirella de se révéler et d’enfin oser être celle qui voudrait.

J’ai vraiment beaucoup aimé les messages portés par ce récit et surtout le fait qu’ils soient destinés à la jeunesse. L’autrice a vraiment touché juste et nous les délivre avec beaucoup de bienveillance. Finalement, je m’attendais peut-être à une fin un peu plus sombre du fait de ce qui était annoncé au début du roman, mais c’est compréhensible de vouloir finir sur une note plus douce pour donner plus de corps à la morale de cette histoire. Sinon, la réécriture du conte est vraiment bien menée et divertissante sans être trop prévisible. L’autrice a bien repris le conte original tout en donnant une vision totalement différente du joueur de flûte. Si vous aimez le format conte et même si vous n’êtes pas forcément familier avec le conte du joueur de flûte, je vous conseille vraiment ce roman et j’espère que beaucoup de jeunes lecteurs pourront le découvrir !


Conclusion


Flore Vesco revisite le mythe du joueur de flûte de Hamelin avec une touche très moderne. Elle reprend tous les codes du conte, mais aborde des thèmes très actuels comme le féminisme ou l’acceptation de soi et de nos différences. À travers une héroïne forte et très attachante et une plume maîtrisée et travaillée, l’autrice nous livre un récit sombre et difficile, mais qui délivre des messages forts et importants et une très belle morale finale. L’intrigue est un peu longue à démarrer avec un rythme globalement assez lent, mais on est finalement entraîné dans toutes les aventures (ou malaventures) de l’héroïne qui démonte tous les codes et qu’on est triste de devoir quitter.

petit coup de coeur

 

6 réflexions sur “[Chronique] L’estrange malaventure de Mirella, de Flore Vesco

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