[Chronique] Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens

Là où chantent les écrevisses
 
« Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue »


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Là où chantent les écrevisses
Autrice :
Delia Owens
Éditeurs : Seuil (broché) / Point (poche)
Genre : Polar historique
Date de parution : 2 janvier 2020
Nombre de pages : 460
Prix : 21,50€ (broché) / 8,50 € (poche)
 
Synopsis
Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  » la Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
 
MON avis
Là où chantent les écrevisses est un roman assez éloigné de ce dont j’ai l’habitude de lire, mais les avis dithyrambiques et le côté « hymne à la nature » m’ont rendu plutôt curieuse. Je me suis donc laissée tenter, d’autant plus qu’il m’a été envoyé dans le cadre d’une rencontre Babelio avec l’autrice Delia Owens. 
 

Un hymne à la nature

Delia Owens est une autrice américaine diplômée en zoologie et en biologie et on ressent effectivement cette passion pour ces disciplines dans son récit.

L’histoire se déroule dans des marais de Caroline du Nord dans les années 1950, dans lesquels vit Kya qui n’a que six ans au début du récit. Abandonnée de tous, Kya se retrouve vite obligée d’apprendre à vivre seule dans ces marais et l’on suit son quotidien, de son enfance jusqu’à l’âge adulte. En parallèle, quelques chapitres nous emmènent en 1969 alors qu’un corps sans vie a été retrouvé dans ces mêmes marais. Le roman alterne entre enquête policière et vie quotidienne, jusqu’à ce que les deux histoires se rejoignent. 

Les marais sont donc le point central de ce récit, on ne les quitte pas de la première à la dernière page et cet écosystème est décrit avec beaucoup de précision par l’autrice. La vie quotidienne de Kya n’est pas extrêmement riche en action, la jeune fille se contente souvent de parcourir les marais et de les exploiter pour réussir à survivre. Mais Kya possède une véritable passion pour ces marais, elle collectionne les plumes d’oiseaux rares, les coquillages… Malgré le fait qu’elle ne soit jamais allée à l’école, elle devient finalement une experte de l’écosystème de son marais. Elle compare souvent les humains aux insectes notamment dans les différences de comportement entre les hommes et les femmes. Elle se base sur les phénomènes qu’elle observe chaque jour pour comprendre les relations entre les êtres humains qui sont totalement inconnus pour elle qui a grandi seule. On ressent effectivement très bien la passion de l’autrice pour la nature à travers le personnage de Kya. Elle fait une très belle description des marais rendant cet endroit merveilleux, un foyer protecteur pour Kya, loin de l’image qu’on pourrait en avoir. On trouve dans ce roman de nombreuses anecdotes sur la faune et la flore du marais qui enrichissent le roman et donnent également matière à réflexion. Les parallèles entre les comportements humains et animaux sont intéressants à décrypter et apportent peut-être la petite touche d’originalité en plus à ce roman où il ne se passe finalement pas grand-chose. Là où chantent les écrevisses est effectivement est une belle ode à la nature, un roman d’ambiance qui met très bien en valeur des lieux qui ont plutôt tendance à nous repousser habituellement.   

L’évolution de Kya

Si on peut considérer que l’écosystème des marais est un personnage à part entière du roman, un autre personnage est encore plus central, il s’agit bien sûr de Kya. On suit Kya dans ses drames familiaux, puis dans sa construction loin de la société humaine. C’est un véritablement un roman de vie quotidienne qui m’a au départ fait penser à My absolute darling, mais qui s’en éloigne finalement dans l’évolution du personnage principal et dans le ton adopté. Là où chantent les écrevisses est un roman beaucoup plus lumineux que My absolute darling, et il m’a personnellement manqué cette dimension dramatique qui m’avait tant captivée dans ce dernier. Ainsi j’ai ressenti beaucoup plus de longueurs dans le roman de Delia Owens, il faut dire qu’on grande partie se concentre sur la romance de l’héroïne avec plusieurs garçons. Je comprends que la romance fasse partie de la vie de Kya et c’est normal que son évolution passe par là, mais je ne suis pas tout simplement pas sensible à ce genre d’intrigue. 

Vis-à-vis de My absolute darling et du formidable personnage de Turtle, j’ai également trouvé Kya assez lisse et fade. Sa personnalité a manqué pour moi de profondeur et de complexité. Etant donné le parcourt de vie de Kya, son cadre familial totalement dysfonctionnel, les trahisons qu’elle a subies, je n’ai pas trouvé son évolution psychologique crédible. Kya développe tout de même une crainte de l’abandon, mais qui reste bien moins explosive que ce qu’elle aura dû/pu être. L’autrice a sûrement cherché à cacher certains aspects de la personnalité de Kya pour rendre le roman plus surprenant, mais ça n’a pas été assez convaincant pour moi. Je pense d’ailleurs que l’avis du lecteur sur ce roman dépendra énormément de son attachement au personnage de Kya. Toutes les personnes l’ayant adoré ont avant tout été pris d’affection pour elle. Personnellement la comparaison constante que je ne pouvais pas m’empêcher de faire avec My absolute darling ont plutôt freiné mon enthousiasme. 

Une dernière partie aux allures de thriller

Si la grande majorité du récit a surtout des allures de nature writing, le rythme change complètement dans la dernière partie et prend plutôt des allures de thrillers. On assiste à un procès plein de tensions et de rebondissements le rendant assez haletant. La plume assez simple de Delia Owens cadre bien avec cette ambiance plus pesante qui nous force presque à retenir notre respiration jusqu’au verdict du procès. Comme ça m’arrive souvent, j’ai vu venir de loin le dénouement du récit, ce qui n’empêche pas à cette fin de réhausser le niveau du roman. Certaines explications ne m’ont pas entièrement convaincue, mais je reste satisfaite de la direction prise par Delia Owens. Elle offre un beau retournement de situation final, le genre de révélation qui fait que le lecteur se souviendra de ce livre.  

Si je n’ai donc pas été entièrement convaincue par ce roman, il possède tout de même une plume entraînante et propose une réflexion sur la beauté de la nature, sur les relations humaines et sur l’abandon. Le côté nature writing est ponctué par des petits passages d’enquête policière apportant un certain suspense à cette intrigue manquant un peu d’action jusqu’à ce le côté haletant du thriller prenne le dessus. Là où chantent les écrevisses est donc un roman agréable à lire, un premier roman pas dénué de défauts, mais avec aussi de très belles qualités. 

Bonne lecture

2 réflexions sur “[Chronique] Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens

  1. Yuyine 23 juillet 2021 / 8 h 36 min

    A priori, ce n’est pas mon genre mais je suis curieuse et l’aspect nature writing me plait bien!

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 24 juillet 2021 / 19 h 20 min

      Ca mélange vraiment les genres donc ça peut le faire je pense, mais c’est vrai que ce n’est pas du tout de la SFFF !

      J'aime

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