[Chronique] Les employés, de Olga Ravn

Les Employés
 
« Depuis que j’ai abouti ici, j’ai la certitude que je suis mort, mais que, dans mon cas particulier, on m’a laissé continuer à faire semblant. Je suis comme une plante qui est presque entièrement fanée, sauf une seule bouture verte qui est toujours vivante, et cette bouture, c’est mon corps et ma conscience, et ma conscience est comme une main, elle touche au lieu de penser. »


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Les employés
Autrice :
Olga Ravn
Traduction : Christine Berlioz et Laila Flynk Thullesen
Éditeur : La Peuplade / Pocket
Genre : Science-fiction 
Date de parution française : 6 février 2020
Nombre de pages : 176
Prix : 18 € (broché) / 6,50 € (poche)
 
Synopsis
Dans un futur indistinct, à des millions de kilomètres de la Terre, des employés travaillent sur le six millième vaisseau d’une puissante et mystérieuse compagnie aux allures totalitaires. Il y a les humains et il y a les ressemblants. Ceux qui ont été enfantés et ceux qui ont été créés. Ceux qui vont mourir et ceux qui ne mourront pas. Sur une période de dix-huit mois, une commission compile une série de témoignages au sujet des relations et de la production à bord du vaisseau où l’activité consiste souvent à surveiller d’étranges objets bourdonnants, qui améliorent l’humeur, fécondent les rêves et hallucinent les consciences. Aussi glaçante qu’émouvante, cette science-fiction révèle le désarroi d’humains contraints de vivre loin de chez eux et les interrogations des ressemblants quant à leurs capacités émotives.
Je sais que vous dites que je ne suis pas dans une prison ici, mais les objets m’ont dit le contraire.
 
MON avis
Les Employés est un véritable OVNI littéraire écrit par une autrice et poétesse danoise qui nous emmène à bord d’un vaisseau spatial transportant à son bord des travailleurs. Certains de ces « employés » sont des humains venant de la planète Terre et d’autres sont appelés des « ressemblants », des sortes de machine qui ressemble à s’y méprendre à des humains, mais qui ont été créés et programmés. On ne sait en réalité pas grand-chose de ces ressemblants si ce n’est qu’il est difficile de les différencier des humains, puisqu’ils sont comme eux capables d’exprimer des idées et de penser. Certains chapitres nous laissent quand même des indices pour savoir si on a affaire à un humain ou à un ressemblant et on comprend petit à petit mieux les particularités de chacun.
 
Les Employés est un roman extrêmement atypique que ce soit dans son fond que dans sa forme. Il se construit sous forme de dépositions. Chaque chapitre est une nouvelle déposition qui peut ne faire que quelques lignes ou plusieurs pages, généralement pas plus de deux. On ne connait jamais l’identité de l’employé qui a fait la déposition, mais comme je le disais, on peut parfois deviner s’il s’agit d’un humain ou d’un ressemblant. Les premières dépositions nous emmènent dans un monde brumeux. On pourrait croire qu’un texte aussi court aux chapitres d’autant plus courts serait très facile à lire et pourtant ce n’est pas le cas. Olga Ravn nous emmène dans un monde très opaque où des employés sont interrogés de manière très froide sur leur travail et les relations qu’ils nouent dans le vaisseau. Il s’agit pour le lecteur d’attraper dans chaque déposition quelques pièces pour réussir à comprendre le puzzle. La vie sur le vaisseau, la mission des employés et surtout le but de ces dépositions restent longtemps assez obscurs. Mais les choses finissent par s’éclaircir lorsque l’on comprend les enjeux derrière toute cette mise en scène et surtout le drame qui se noue sur ce vaisseau. 
 
Car finalement Olga Ravn aborde énormément de choses dans ces 176 pages comme la condition humaine et l’aliénation au travail de manière complètement implacable. La froideur avec laquelle sont recueillies les dépositions vient contraster avec leur contenu rempli des émotions et états d’âmes des employés. Certains évoquent avec nostalgie leur Terre d’origine, d’autres leurs doutes et questionnements ou leurs envies et rêves… Certains semblent perdus, d’autres tout simplement fous. A mesure que les dépositions passent, on perçoit de plus en plus les conséquences du travail sur les employés qu’ils soient humains ou ressemblants et de leur cohabitation jusqu’à un point de basculement. On se surprend à avoir de la compassion pour eux malgré l’anonymisation des dépositions, même pour les ressemblants dont la condition donne énormément à réfléchir. Finalement le récit bascule dans les dernières pages terminant le récit sur un final percutant et poignant lui donnant tout son sens. Olga Ravn nous livre une œuvre complètement maîtrisée qui ressort transcendée par son format court. Un format plus long aurait été bien trop indigeste à la lecture et aurait donné moins de puissance au récit. Les 176 pages des Employés suffisent à éveiller la conscience et la curiosité du lecteur et à l’amener vers certaines pistes de réflexion… et ça fonctionne parfaitement aussi dérangeant que cela puisse être !
 
TB lecture 

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7 réflexions sur “[Chronique] Les employés, de Olga Ravn

  1. tampopo24 15 décembre 2021 / 7 h 04 min

    Très belle chronique qui rend bien justice à l’étrangeté et la force de cette oeuvre. J’ai moi aussi été surprise par ce format atypique mais j’ai beaucoup aimé les thèmes que l’autrice développait. Il faut juste accepter de ne pas avoir un récit conventionnel.

    Aimé par 1 personne

  2. Jean-Yves 15 décembre 2021 / 13 h 17 min

    Tu as bien rendu l’esprit du livre ! A mon avis, c’est une expérience à tenter, pour sortir un peu d’une zone de confort, d’autant plus qu’en effet, il fourmille d’idées formelles et conceptuelles. Et en plus, c’est assez court, raison de plus.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 18 décembre 2021 / 22 h 16 min

      Oui c’est clairement une expérience à tenter et j’espère avoir donné envie à certains de le faire !

      J’aime

  3. Yuyine 4 janvier 2022 / 12 h 06 min

    Je suis d’accord avec toi: le format long aurait été indigeste. J’ai été très surprise par ce récit mais je l’ai sans doute trouvé aussi trop énigmatique avec du recul.

    J’aime

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