[Chronique] Le Livre de M, de Peng Shepherd

le livre de M
 
« Je voudrais tant que mes souvenirs soient restés dans un autre endroit de mon corps – n’importe où, les yeux, le bout des doigts, la plante des pieds. Les gens quand ils meurent ont si peur de perdre leur corps – mais à quoi ça sert un corps ? À rien. Le corps ne se souvient de rien. De rien du tout. Ce n’est pas le corps qu’on devrait avoir peur de perdre. »


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Le Livre de M
Autrice :
Peng Shepherd
Traduction : Anne-Sylvie Homassel 
Éditeur : Albin Michel Imaginaire
Genre : Science-fiction 
Date de parution française : 17 juin 2020
Nombre de pages : 585
Prix : 24,90 €
 
Synopsis
Que seriez-vous prêt à sacrifier pour vous souvenir ?
Un jour, en Inde, un homme perd son ombre – un phénomène que la science échoue à expliquer. Il est le premier, mais bientôt on observe des milliers, des millions de cas similaires. Non contentes de perdre leur ombre, les victimes perdent peu à peu leurs souvenirs et peuvent devenir dangereuses.
En se cachant dans un hôtel abandonné au fond des bois, Max et son mari Ory ont échappé à la fin du monde tel qu’ils l’ont connu. Leur nouvelle vie semble presque normale, jusqu’au jour où l’ombre de Max disparaît…
Situé dans une Amérique tombée de son piédestal, où nul n’échappe au danger, Le Livre de M raconte l’incroyable destin de gens ordinaires victimes d’une catastrophe mondiale extraordinaire.
MON avis
 
Le Livre de M est le tout premier roman de l’autrice américaine Peng Shepherd. Avec ce roman elle nous offre une histoire unique dans un monde post-apocalyptique où elle joue avec les genres puisque des touches de fantastique viennent colorer la science-fiction. 
 

Un récit post-apocalyptique classique…

 
Mais Le livre de M est avant tout un grand récit de science-fiction qui reprend parfaitement les tropes du post-apocalyptique tout en les dépassant. Roman à la fois classique et très original, il nous emmène dans un futur détruit par une étrange épidémie dont le premier symptôme est de perdre son ombre. La perte de cette ombre entraîne ensuite une progressive amnésie, les malades commencent par oublier tous leurs souvenirs et finissent même par oublier leurs instincts de survie comme le fait de manger ou la manière de respirer. Peng Shepherd nous dépeint les conséquences de ce futur dramatique autant du point de vue mondial que de manière plus introspective et intimiste, se fondant dans le quotidien de plusieurs personnages. À travers une alternance de points de vue, l’autrice raconte la manière dont a commencé l’épidémie et comment elle a ravagé très rapidement l’intégralité de la planète, mais aussi ce que ressente ceux qui sont touchés par la maladie ainsi que leurs proches. Comme beaucoup de récits post-apocalyptiques, une grande partie du récit se concentre à l’aspect de la survie. On découvre peu à peu la destruction du quotidien des différents personnages et ce qu’ils doivent faire pour survivre. Comme on peut s’en douter, les humains sont prêts à tout pour survivre et dans ce récit ce phénomène est accentué par le sentiment de peur face à une maladie que personne ne comprend. L’autrice joue habilement avec ce phénomène imaginant des affrontements entre ceux qui ont perdu leur ombre et ceux qui l’ont toujours, mais également l’émergence d’une religion vénérant les sans-ombres. Le tout est très réaliste, mais cette partie reste très classique et n’est pas celle que j’ai préféré dans le roman, car les questions de survie et les intrigues tournées autour du déplacement des personnages ont tendance à vite m’ennuyer. Je dois donc avouer avoir ressenti pas mal de longueurs dans ce roman, même s’il m’a convaincue par bien d’autres aspects.

« Ce n’était ni une catastrophe naturelle, ni une maladie, ni une arme bactériologique. Le terme le plus approprié qui lui soit venu aux oreilles, c’était malédiction. Car la chose n’épargnait personne, ne tenait compte de rien. Tous étaient frappés : ceux qui perdaient leur ombre et ceux qui aimaient des gens qui avaient perdu leur ombre »

…Mais qui transcende les codes de la science-fiction

Si la survie est une question centrale du roman, il va bien au-delà de ça proposant également une réflexion très poussée autour de la mémoire et des souvenirs et par extension de l’identité. Outre ces questionnements, le récit tend également vers le fantastique évoquant d’abord des légendes indiennes dans lesquelles il est également question d’ombre, puis d’étranges pouvoirs que semblent développer les sans-ombres. De plus, l’autrice ne montre absolument aucune volonté d’expliquer scientifiquement ce phénomène de perte d’ombre et préfère l’utiliser comme prétexte pour poser ces questionnements et développer un côté mystique au récit qui devient très poussé dans les dernières pages. Cette sorte de magie est assez déroutante et pas forcément facile à accepter pour ceux qui s’attendaient à une explication plus rationnelle de la perte d’ombre. Mais l’autrice nous emmène dans de nouveaux rivages vers lesquels il vaut mieux réussir à se laisser porter. 

Récit post-apocalyptique, fantastique, réflexion philosophique si tout cela résume bien Le Livre de M, on ne peut pas l’évoquer sans ajouter la puissante histoire d’amour qui anime ces lignes. Car au centre du récit se trouve un couple, Max et Ory et le roman débute alors que Max vient de perdre son ombre. On suit ensuite le personnage de Max à travers des enregistrements audio. Elle, qui a décidé de s’enfuir de chez elle avant de perdre la mémoire, s’enregistre chaque jour et nous livre le quotidien d’une sans-ombre. C’est le personnage que j’ai préféré et qui incarne le plus la profondeur de la réflexion philosophique de ce récit. On vit à ses côtés la lente perte de ses facultés cérébrales, la narration particulière offrant une grande proximité avec ce personnage. Elle s’accroche de toute ses forces à ses derniers souvenirs avec Ory et nous livre un récit poignant. De son côté, Ory fait le choix de partir à la recherche de sa femme et de prendre tous les risques pour la retrouver. Peng Shepherd nous montre bien à travers ces deux personnages le drame que la perte de l’ombre engendre à la fois pour la personne qui la subit, mais aussi pour la personne qui partage son quotidien. D’autres personnages apportant tous leur part à la réflexion globale gravitent également autour d’eux et tous sont très réussis. 

« Ory ! Mon Ory. J’ai tellement de choses à te dire et le temps me manque. J’ai mal partout – une sorte de tiraillement horrible et creux. Chaque minute qui passe est un orage et je suis au centre, à me défaire. Je n’arrive presque plus à respirer. Quand tu oublies tout, est-ce que tu vas au même endroit que quand tu meurs ? 

Le Livre de M est ainsi un roman poignant, un conte dramatique qui dépeint avec beaucoup de finesse et de cruauté la perte progressive de son identité. Il y a peu de joie dans ces pages, et la fin n’offre pas de faux happy-end qui aurait dépeint avec le reste. Bien au contraire, le roman se termine de manière aussi belle que tragique apportant une conclusion parfaite à ce grand roman.  

TB lecture

D’autres avis : Célindanaé – FeydRautha – Just A Word – Yuyine – Le Chien critique – Gromovar – Bookenstock – Vert – Xapur – Outrelivres – Lune – Chut Maman Lit – Anouchka – Fourbistologie – Tigger LillyLa GeekosopheLes chroniques du chroniqueur 

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8 réflexions sur “[Chronique] Le Livre de M, de Peng Shepherd

  1. Tigger Lilly 22 décembre 2021 / 19 h 48 min

    Contente que tu aies apprécié ta lecture. Plus le temps passe plus je me dis que ce livre m’a chamboulée.

    Aimé par 1 personne

  2. zoelucaccini 23 décembre 2021 / 8 h 19 min

    oh ça m’intéresse beaucoup !! ta chronique m’a donné très envie de le lire, merci pour la découverte !

    Aimé par 1 personne

  3. Yuyine 4 janvier 2022 / 11 h 54 min

    Est-ce que ta chronique me donne envie de le relire? Oui. J’aime trop ce livre.

    J’aime

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