[Chronique] La Fileuse d’argent, de Naomi Novik

La fileuse d'argent

« J’ignorais ce que je ressentais, ce qui motivait mes paroles. La colère, je pense. Je ne me souvenais pas en avoir jamais ressenti. La colère m’avait toujours semblé vaine, tel un chien courant après sa queue. A quoi aurait servi d’être en colère contre mon père, ou ma belle-mère, ou les serviteurs qui me traitaient avec rudesse ? Les gens étaient parfois en colère à cause du temps qu’il faisait, parce qu’ils s’étaient cogné l’orteil contre une pierre ou coupés avec un couteau, comme si ces choses étaient responsables de leurs malheurs. Tout cela m’avait toujours semblé parfaitement inutile. La colère était un feu dans un âtre, et je n’avais jamais eu de bois pour la nourrir. Jusqu’à aujourd’hui, apparemment. »


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La Fileuse d’argent
Autrice :
Naomi Novik
Traduction : Thibaud Eliroff
Éditeur : Pygmalion / FolioSF
Genre : Fantasy
Date de parution française : 22 janvier 2020
Nombre de pages : 544
Prix : 21,90 € / 8,90 €
 
Synopsis
Petite-fille et fille de prêteur, Miryem ne peut que constater l’échec de son père. Généreux avec ses clients mais réticent à leur réclamer son dû, il a dilapidé la dot de sa femme et mis la famille au bord de la faillite… jusqu’à ce que Miryem reprenne les choses en main. Endurcissant son coeur, elle parvient à récupérer leur capital et acquiert rapidement la réputation de pouvoir transformer l’argent en or. Mais, lorsque son talent attire l’attention du roi des Staryk – un peuple redoutable voisin de leur village -, le destin de la jeune femme bascule. Obligée de relever les défis du roi, elle découvre bientôt un secret qui pourrait tous les mettre en péril…
 
MON avis
J’avais découvert Naomi Novik avec son roman Déracinée qui m’avait beaucoup plu (bien qu’il n’était pas exempt de défauts). L’autrice revient avec La fileuse d’argent dans un style très différent même si elle prend encore une fois inspiration sur les contes pour construire son récit.
 
En effet, on ressent très vite l’influence des contes slaves dans l’univers de la Fileuse d’argent. Naomi Novik nous emmène dans un univers où domine un hiver surnaturel contrôlé par des créatures appelés Staryks, sortes de dieux surpuissants et craints de tous les humains. L’hiver est propice aux mythes et légendes et l’autrice retranscris bien cette sensation dans son roman qui se lit comme un conte. Elle nous immerge dans une sensation de froid et de noirceur qui émane de l’hiver, notamment grâce à de longues descriptions sur les scènes de vie des personnages. La fileuse d’argent nous emmène dans l’intimité de trois jeunes filles, trois filles banales dont le destin va se lier pour devenir extraordinaire. A travers la figure de Miryem, Naomi Novik revisite d’ailleurs le conte de Rumpelstiltskin, donnant la faculté à ce personnage de changer l’argent en or, ce qui va attirer l’attention d’un roi Staryk. Le récit suit également Wanda qui va rentrer au service de la famille de Miryem et d’Irina qui va se retrouver mariée à une figure démoniaque. Ce livre met en scène trois destins de femmes, des femmes qui vont prendre leur destin en main, refusant celui qu’on a dicté pour elles. Chacune d’entre elles est issue d’un milieu social différent, et pourtant elles vont toutes devoir lutter pour leur survie que ce soit à cause de leur statut de femmes ou d’en entourage familial compliqué. Ce roman met ainsi en avant de belles valeurs comme la force du courage et n’est bien sûr pas dénué de féminisme. 
 
Le roman alterne les différents points de vue des trois femmes ainsi que de membres de leur entourage de manière parfois un peu abrupte. Au sein d’un même chapitre, il est possible de passer d’un point de vue à un autre sans en être informé. Mais l’autrice sait suffisamment bien construire ses personnages pour qu’on puisse reconnaître très vite le point de vue abordé sans effort. Avec son écriture ciselée, Naomi Novik nous immerge pleinement dans l’intimité de ses personnages jusqu’à apprendre toutes leurs facettes. Les personnages ne sont pas interchangeables et possèdent une profondeur liée à leur histoire personnelle que l’autrice prend le temps de nous faire découvrir. J’ai personnellement beaucoup aimé le personnage de Miryem, une héroïne au caractère bien trempé qui est peut-être un peu trop tête brûlée, mais dont les décisions m’ont surprise. Wanda et Irina ont un caractère plus doux et fuyant, mais elles apprennent également à prendre leur destin en main. 
 
L’intrigue met du temps à s’installer et à vraiment se révéler. Comme je le disais Naomi Novik est très douée pour mettre en place ses intrigues en nous immisçant dans le quotidien de ses personnages jusqu’à un basculement. Cependant j’ai ressenti ensuite un creux dans l’histoire, celle-ci commençant à tirer en longueur et à se résoudre de manière un peu facile. Malheureusement il m’a été difficile de me réinvestir dans l’histoire, malgré le fait que l’autrice ne prend finalement pas le chemin de la facilité et redistribue les cartes de manière ingénieuse. La fin est très réussie et conclue à merveille ce conte hivernal qui met en avant la force du destin et le poids des décisions. Naomi Novik réussi avant tout à proposer une histoire sous forme de conte en enlevant toute forme de manichéisme. Seuls les choix des personnages vont les amener à se retrouver alliés ou ennemis et l’autrice montre bien la manière dont deux personnages peuvent avoir une vision différente d’une même situation. La fileuse d’argent nous emmène ainsi dans un récit aussi doux que glacé et où les destins des personnages s’entremêlent avec beaucoup d’habilité. 
 

Conclusion


La fileuse d’argent nous emmène dans une réécriture du conte de Rumpelstiltskin, dans une version bien plus étoffée en termes d’univers et de personnages. Naomi Novik nous immerge au sein d’un hiver surnaturel et on peut aussi bien en ressentir le froid que tous ses dangers en tournant les pages. Il faut dire que l’autrice a un don pour donner du réalisme à son récit en prenant le temps de nous immiscer dans le quotidien de ses personnages. Ici c’est le destin de trois femmes qui est dépeint, des femmes banales qui vont devenir extraordinaire en se liant ou se déliant. Si le récit comporte quelques longueurs et notamment un creux assez important au milieu du roman, il propose une intrigue étoffée qui ne prend pas les chemins auxquels on s’attend. L’autrice démêle les fils de son intrigue avec beaucoup d’habilité proposant un conte moderne et féminisme sans aucune trace de manichéisme. Au contraire, ce sont les choix des personnages qui déterminent leur position dans l’échiquier. Si j’ai été moins embarquée dans cette lecture que dans Déracinée, elle reste tout de même une grande réussite et je continuerai à suivre cette autrice dans ses prochaines aventures !
 
Bonne lecture

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17 réflexions sur “[Chronique] La Fileuse d’argent, de Naomi Novik

  1. tampopo24 19 janvier 2022 / 7 h 09 min

    Je me retrouve bien dans ton avis puisque j’ai aussi aimé l’ambiance, l’univers et les propos féministes, mais sans ressentir la magie et la force de Déracinée à cause entre autres des longueurs que tu pointes ^^!

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  2. Steven 19 janvier 2022 / 7 h 26 min

    Je que tu partages le même ressenti des autres avis que j’ai pu voir de ce roman. Je suis plus que curieux de découvrir l’auteure à mon tour avec Déracinée afin de voir si déjà sa plume et son style me correspondent.

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    • Sometimes a book 22 janvier 2022 / 17 h 30 min

      On est plusieurs à avoir ce ressenti effectivement, mais j’ai aussi vu des coups de cœur pour le roman donc ça ne veut rien dire et ça reste un livre avec plein de qualité ! Mais c’est vrai que je conseillerais plus Déracinée ^^

      Aimé par 1 personne

  3. Light And Smell 19 janvier 2022 / 9 h 22 min

    L’autrice semble de nouveau avoir travaillé l’ambiance de son récit et de proposer des personnages intéressants dont on prend plaisir à découvrir le quotidien et les différentes facettes. J’aime beaucoup le fait qu’elle ne tombe ni dans le manichéisme ni dans la facilité…

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  4. Elwyn 19 janvier 2022 / 9 h 39 min

    Je partage ton ressenti, comme beaucoup d’autres j’ai l’impression. Dommage que le rythme casse un peu le récit car il a énormément de potentiel.

    J’ai beaucoup apprécié cette froideur à la fois douce.

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    • Sometimes a book 22 janvier 2022 / 17 h 33 min

      Je ne sais pas si tu as déjà lu Déracinée, mais si le résumé te tente plus, c’est pas mal pour découvrir le style de l’autrice !

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  5. Yuyine 21 janvier 2022 / 12 h 05 min

    J’ai bien envie de découvrir l’autrice mais je me pencherai plutôt vers Déracinée. Celui-ci ne m’attire pas vraiment

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    • Sometimes a book 22 janvier 2022 / 17 h 32 min

      Je te conseillerais plutôt de lire Déracinée oui si le résumé de celui-ci ne te dit rien, c’est assez spécial le style de Naomi Novik, ça passe ou ça casse !

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  6. Shaya 22 janvier 2022 / 18 h 15 min

    Intéressant, je le lirai sans doute un jour, mais pas tout de suite. J’ai beaucoup aimé également Déracinée.

    Aimé par 1 personne

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