[Chronique] Etrangers, de Gardner Dozois

 
Etrangers
« La vie à Shasine est une chose dure et inflexible ? Les choses dures sont fragiles. »
Elle sourit. « Et les choses fragiles se brisent. »


Etrangers

Etrangers
Auteur :
Gardner Dozois
Traduction : Jacques Guiod
Illustration : Aurélien Police
Éditeur : Pocket
Genre : Science-fiction
Date de parution en poche : 10 février 2022
Nombre de pages : 568
Prix : 7,40 €
 
Synopsis
Sur la planète Lisle, vivent les Cian, peuple pétris de traditions et proche de la nature, et pourtant passé maître dans l’art du génie génétique. Alors qu’il y séjourne, Joseph Farber, un Terrien, rencontre Liraun Jé Genawen, une Cian, pendant la cérémonie de l’Alàntene, la Pâque du solstice d’hiver.
Ces deux êtres à la marge de leur propre société vont s’éprendre follement, Joseph allant même jusqu’à accepter des modifications génétiques afin de s’unir selon la coutume à celle qui deviendra sa femme. Mais les non-dits, les malentendus et la haine que provoque leur couple les mèneront inéluctablement au drame.
MON avis
Étrangers est un roman parut dans sa version originale en 1978. Avant sa réédition en poche chez Pocket imaginaire, il avait déjà été publié en 2000 chez Denoël, puis en 2016 chez ActuSF sous le titre L’étrangère. Si la traduction n’a pas été revue pour la version poche, le titre a été modifié et respecte bien plus l’essence de ce roman, comme vous devriez le comprendre à la lecture de cette chronique. 
 

Le choc des cultures

 
Étrangers est un court roman de science-fiction qui se déroule sur la planète Lisle où vit le peuple des Cian. Ceux-ci ont proposé une alliance commerciale avec les Terriens, ce qui explique la présence d’une enclave terrienne sur Lisle. C’est là où vit Joseph Farber qui va devenir le principal protagoniste de ce récit. Dès les premières pages le roman nous emmène dans un choc des cultures qui ne fera que croître jusqu’à la dernière page. Le roman s’ouvre sur la rencontre, lors de la célébration de la Pâque du solstice d’hiver, de Joseph Farber et Liraun Jé Genawen, une jeune femme Cian.  
 
Dès les premières, nous voici donc immergés dans la culture du peuple Cian à travers cette étrange fête qu’est ce solstice d’hiver, d’autant plus qu’elle nous est raconté du point de vue d’un Terrien. Gardner Dozois réussit parfaitement bien à nous transmettre ce sentiment de contempler quelque chose de grandiose sans vraiment bien le comprendre. Ce sentiment va croître tout au long de la lecture et se transformer en un sentiment bien plus dérangeant à mesure que les personnages se complaisent de cette situation. Ainsi, Etrangers nous met face à la réunion de deux personnages, deux âmes mal assorties qui, au lieu de réunir deux cultures, ne font que les séparer un peu plus. 
 
L’un des gros points forts de ce roman est justement la description de cette culture Cian. L’auteur a fait un magnifique travail de construction autour de ce peuple, nous distillant au fur et à mesure du récit de nombreux éléments tant sur l’origine et l’évolution des Cian que sur leur manière de vivre, leur technologie ou encore leur religion et leurs traditions. La découverte de ce peuple extra-terrestre est aussi fascinante que glaçante et est utilisée de manière à donner du suspense et à faire rebondir le récit. Car la volonté de l’homme de s’intégrer à une société sans chercher à vraiment la comprendre ne peut mener qu’au drame et c’est bien ce qui se joue subtilement dans ce roman. 
 

Dans l’intimité d’un couple

Sous la plume délicate et sensorielle de Gardner Dozois, c’est la naissance et l’évolution d’un couple qui nous est raconté dans Étrangers. La relation entre Joseph et Liraun démarre de manière très intense et si elle est au départ purement physique, elle évolue vers quelque chose de plus sérieux, engendrant beaucoup de désapprobation autant du côté Cian que Terrien. Mais les deux amants maudits, électrons libres, chacun un peu en marge de sa propre société, s’entêtent. En réalité, le sacrifice semble d’abord venir du côté de Joseph qui va jusqu’à subir de surprenantes transformations pour être accepté par les Cians. Liraun est un personnage plus effacé qu’il est très difficile de cerner. On ne la connaît qu’à travers la vision de Joseph, spectre qui nous semble de plus en plus faussé à mesure des barrières invisibles se dressent entre eux. Les disputes et les incompréhensions s’accumulent, et on assiste impuissant à l’évolution de ce couple qui ne parvient pas à s’accorder, qui ne réussit pas à utiliser sa différence comme une force. Malgré leur amour, Joseph et Liraun restent toujours des étrangers l’un pour l’autre. 

On retrouve un côté réellement intemporel dans cette réflexion autour du couple et de la société. Liraun est le symbole d’une société patriarcale extrême que j’ai trouvée très bien décriée dans le récit. L’auteur nous met également face aux plus profonds comportements humains qui finissent toujours par reprendre le dessus. L’égoïsme, l’arrogance, la puissance des préjugés, le fait d’écouter sans entendre sont intelligemment mis en scène dans une intrigue lente et mélancolique jusqu’à un final inévitable et pourtant glaçant. 


En bref

Étrangers est un récit à la fois lent et puissant qui nous emmène vers une tragédie que l’on pressent sans pouvoir l’éviter. Il met parfaitement en scène la confrontation de deux cultures et le dialogue de sourd qui s’installe. Il interroge ainsi sur l’esprit humain, mais également sur l’évolution d’une société. Le lecteur est plongé dans l’intimité d’un couple qui malgré sa passion puissante demeure des étrangers. Les incompréhensions vont inévitablement mener à un drame profond, symbole puissant d’une société malade et d’un esprit humain mégalomane et rempli de préjugés. 

TB lecture
Cette chronique émane d’un service-presse des éditions Pocket imaginaire que je remercie !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

4 réflexions sur “[Chronique] Etrangers, de Gardner Dozois

  1. tampopo24 13 avril 2022 / 6 h 13 min

    Ce sera une de mes lectures des vacances, j’ai hâte !
    J’aime l’idée d’un titre centré à la fois sur le décorticage d’une culture et de l’intimité d’un couple.

    J’aime

  2. Elwyn 14 avril 2022 / 7 h 20 min

    Je n’étais pas convaincue quand j’ai vu ce livre dans les sorties, mais ton commentaire me donne bien envie de m’y intéresser de plus près. Merci !

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