[Chronique] Dans la toile du temps, d’Adrian Tchaikovsky

Dans la toile du temps
« Son espèce avait détruit la faune de la Terre avant de s’en prendre à ses colonies et finalement, n’ayant plus d’adversaires à sa mesure, elle s’était déchirée elle-même. Elle avait expliqué aux araignées que l’humanité ne supporte pas la concurrence – même s’il s’agit de son propre reflet. »


dans la toile du temps
Dans la toile du temps
Auteur :
Adrian Tchaikovsky
Traduction : Henry-Luc Planchat
Illustration : Johann Bodin (FolioSF)
Éditeurs : Denoël / FolioSF
Genre : Science-fiction
Date de parution française : 12 avril 2018
Nombre de pages : 687 (FolioSF)
Prix : 24 € (broché) / 9,50 € (poche)
Synopsis
La Terre est au plus mal… Ses derniers habitants n’ont plus qu’un seul espoir : coloniser le « Monde de Kern », une planète lointaine, spécialement terraformée pour l’espèce humaine. Mais sur ce « monde vert » paradisiaque, tout ne s’est pas déroulé comme les scientifiques s’y attendaient. Une autre espèce que celle qui était prévue, aidée par un nanovirus, s’est parfaitement adaptée à ce nouvel environnement et elle n’a pas du tout l’intention de laisser sa place. Le choc de deux civilisations aussi différentes que possible semble inévitable. Qui seront donc les héritiers de l’ancienne Terre ? Qui sortira vainqueur du piège tendu par la toile du temps ?
MON avis
Adrian Tchaikovsky est un auteur britannique prolifique qui écrit aussi bien dans les genres de la fantasy que dans la science-fiction. Il nous propose avec Dans la toile du temps un roman de hardSF basé sur une réflexion d’évolution entomologique qui m’a semblée assez inédite. A noter que si ce roman était à l’origine un one-shot et qu’il se suffit à lui-même, une suite nommée Dans les profondeurs du temps est sortie et est déjà traduite en français.
Dans la toile du temps est un roman construit sous la forme d’une double narration qui s’alterne à raison d’un chapitre sur deux. D’un côté, on suit les passagers d’un vaisseau constitué d’humains ayant fui la terre à la suite d’un conflit planétaire l’ayant rendu inhabitable. Ils parcourent ainsi l’espace depuis des siècles survivant à l’aide de la cryogénisation, à la recherche d’une nouvelle planète à coloniser. D’un autre côté, on suit les habitants particuliers d’une planète qui a été terraformée dans le but d’y réaliser une expérience scientifique. Un nanovirus a ainsi été développé et lâché sur cette planète dans le but de faire évoluer de manière accélérée une population de singes. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu et ce sont finalement les araignées qui ont profité des effets du virus ! Le roman exploite ainsi l’évolution sur des millénaires de cette population d’araignées sur cette planète appelée Le monde de Kern. Les chapitres sont parfois entrecoupés d’un troisième point de vue, celui de la Dr Kern elle-même, qui surveille sa planète verte et son expérience scientifique du haut de son vaisseau.
Dans la toile du temps est un roman ambitieux et rempli de bonnes idées. J’ai été particulièrement enthousiasmée par le fait que l’intrigue soit tournée autour de thématiques biologiques et chimiques, ce que j’ai rarement vu en science-fiction (mais je suis encore novice dans ce genre et je suis très loin d’avoir tout lu !). Toute la partie concernant les araignées est particulièrement saisissante, la partie humaine étant un peu plus faible selon moi. On est ainsi plongé pendant plusieurs millénaires dans une communauté arachnéenne qui progresse petit à petit et parvint à un niveau de développement impressionnant. L’auteur exploite parfaitement bien leur manière d’utiliser leur environnement et notamment les différentes espèces qui cohabitent avec elle pour gérer leur société et organiser leur survie. On assiste également à une sorte d’anthropomorphisme inversée dans le sens où les araignées atteignent un tel niveau de développement qu’elles sont capables d’étudier les humains. Leur manière de voir les humains comme des êtres moins évolués et dotés d’une intelligence limitée m’a fait beaucoup rire et m’a semblé être une très jolie critique de la suprématie humaine. Une réflexion est également présente sur les rapports homme/femme puisque chez les araignées, ce sont les femelles qui dominent, les mâles ne représentant au mieux qu’un partenaire de reproduction puis un bon festin. Au cours de l’évolution, il y a une remise en question assez compliquée de cette société matriarcale qui est dépeinte de manière assez réaliste. Je terminerais ce point sur les araignées en vous conseillant de ne pas être rebuté par cette partie de l’intrigue. Je ne suis pas arachnophobe donc pas la mieux placée pour juger de cela, mais il n’y a aucune dimension horrifique dans l’intrigue, les araignées, même si elles sont géantes, sont traitées d’un point de vue biologique et donc avec une certaine distance et ne sont pas effrayantes !
Malgré tous ces points positifs, je dois avouer que la sauce n’a pas vraiment prise avec moi. Tout d’abord, comme je le mentionnais précédemment, une des deux narrations, celle du point de vue des humains, m’a semblé beaucoup plus faible que l’autre. Adrian Tchaikovsky ne fait aucun travail particulier sur la construction de ses personnages et ils m’ont tous semblé creux et sans âmes. Je me rends compte que la présence de personnages travaillés et réalistes est un de points essentiels pour m’immerger dans une lecture, et ce point a vraiment fait défaut ici. L’action est assez lente et s’étire sur un long laps de temps, et, sans pouvoir se raccrocher aux personnages, j’ai trouvé beaucoup de longueurs au roman. De plus, que ce soit pour l’une ou l’autre des narrations, je n’ai tout simplement pas réussi à croire en l’histoire que l’auteur racontait. Les décisions humaines m’ont semblé étranges voire incohérentes, l’évolution des araignées, même si elle comporte énormément de points positifs que je mentionnais plus haut, m’a semblé être une copie accélérée de l’évolution humaine sans assez prendre en compte les particularités de ces arthropodes. Je dois également dire que j’ai été très perturbée par le fait de voir des araignées faire mon métier (aka de la recherche en chimie) et que je n’ai pas réussi à visualiser et à croire en cela. D’ailleurs certaines araignées sont des spécialistes dans des dizaines de domaines scientifiques, ce qui est pour moi inconcevable et qui a encore plus accentué mon sentiment de manque de réalisme (c’est à dire que même moi avec mon doctorat scientifique, je ne me juge pas comme étant experte de ma discipline, alors être experte de dizaines de disciplines hyper pointues à la fois !). J’ai également été déconcertée par le fait que les araignées conservent toujours le même nom au cours des siècles. Si cela avait un but de simplification, ça a produit l’effet totalement inverse sur moi.
« Actuellement, elle était experte en tant qu’opératrice radio, chimiste, astronome, mécanicienne, théologienne et mathématicienne ; son cerveau est plein à craquer de connaissances enchevêtrée
Malgré tout, la curiosité m’aura poussé à lire ce texte jusqu’au bout et je dois bien admettre que le roman se termine sur une note excellente. La dernière partie relève le niveau de la narration humaine et nous emmène vers un dénouement que je n’attendais pas et qui m’a beaucoup plu pour les messages qu’il transmet et le fait que l’auteur ne tombe pas dans la facilité !

En bref

Dans la toile du temps me laissera un sentiment mitigé. J’ai beaucoup aimé l’idée de l’auteur de construire un roman basé sur la biologie évolutive en mimant de manière accélérée l’évolution d’une population d’araignées. Cela soulève de nombreuses interrogations et thématiques qui renvoient directement à notre humanité. Cependant, cette évolution un peu trop calquée sur l’évolution humaine ne m’a pas toujours semblé cohérente, tout comme la narration du point de vue des humains que l’on trouve dans le récit. J’ai donc eu du mal à croire en cette histoire qui se termine malgré tout sur une note très réussie grâce à un dénouement ambitieux.
avis mitigé
D’autres avis :  Gromovar – Albedo – LorhkanXapur – Chien critiqueYogoNébalCélinedanaëDragon galactiqueOmbreBones – Drums n booksApophisBlackwolfHerbefolLa geekosopheTachan

15 réflexions sur “[Chronique] Dans la toile du temps, d’Adrian Tchaikovsky

  1. Jean-Yves 14 mai 2022 / 10 h 21 min

    Enorme coup de cœur pour moi, dans mon top10 de la SF ^^. Tu poses une question très très intéressante : qu’est-ce qu’un personnage intéressant et une action cohérente ?

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 14 mai 2022 / 11 h 44 min

      Ah c’est vrai que c’est délicat ! Pour moi un personnage intéressant c’est un personnage qui va vraiment me faire vivre l’histoire à travers lui et dont je vais comprendre les choix même si je ne partage pas forcément les mêmes opinions. Après une action cohérente pour moi dépend de la personnalité du personnage. Si on répète n fois que le personnage a tel trait de caractère et que ses actions démontrent le contraire, ce n’est pas cohérent. Mais c’est vrai que ça reste assez subjectif !

      Aimé par 1 personne

  2. Xapur 14 mai 2022 / 10 h 40 min

    (merci pour le lien)
    Dommage que ça n’ait pas trop fonctionné pour toi, c’est vrai que faire agir des animaux sans verser dans l’anthropomorphisme, ce n’est pas évident (même s’ils sont ici « guidés » par une humaine)

    Aimé par 1 personne

  3. OmbreBones 14 mai 2022 / 10 h 55 min

    Dommage que tu n’aies pas accroché ! Ton retour n’en est pas moins détaillé et nuancé, très plaisant à lire.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 14 mai 2022 / 18 h 50 min

      Merci ça me fait plaisir, car mon but n’était pas du tout de descendre le livre bien au contraire !

      J’aime

      • OmbreBones 15 mai 2022 / 7 h 10 min

        Oui on le comprend bien en te lisant ! J’aime bien lire ce type de chronique, ça rappelle qu’on peut dire qu’un livre est bon sans pour autant l’avoir aimé soi même. C’est rare les gens capables de ça 😊

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  4. Baroona 15 mai 2022 / 17 h 13 min

    Est-ce que la fin a réussi à te donner envie de lire « Dans les profondeurs du temps » ou tu t’arrêtes définitivement là ? ^^

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  5. Tigger Lilly 17 mai 2022 / 9 h 06 min

    Dommage mais ce sont des choses qui arrivent. J’avais la même question que Baroona, du coup j’ai ma réponse ^^

    Aimé par 1 personne

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