[Chronique] Les portes perdues, de Seanan McGuire

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« Les endroits qu’on a visités étaient notre chez-nous. On se moquait bien de savoir s’ils étaient bien, mal, neutre ou quoi. Ce qui comptait, c’est que pour la première fois on n’avait pas à faire semblant d’être quelqu’un d’autre. Il nous suffisait d’être. Ça fait toute la différence. »


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Les portes perdues, tome 1 : Les enfants indociles
Autrice :
Seanan McGuire
Traduction : Benjamin Kuntzer
Maison d’édition : Pygmalion
Genre : Fantasy
Nombre de pages : 191
Prix : 19,90 € 
Synopsis
Dans l’obscurité de leur chambre, sous leur lit, même derrière une armoire, les enfants descendent le terrier du lapin blanc et réapparaissent… ailleurs. Mais les pays imaginaires n’ont que faire de prodiges fatigués. Nancy y a fait un tour, puis elle en est revenue. Les choses qu’elle y a vécues l’ont changée à jamais. Les élèves qu’Eleanor West accueille au sein de son école le savent d’ailleurs très bien. Chacun d’entre eux doit se réadapter à ce monde et finit souvent par chercher un moyen de rejoindre le lieu de ses rêveries. Pourtant, dans cette institution qui existe pour les protéger, une ombre se cache derrière chaque pan de mur. Très vite, les meurtres s’enchaînent. Alors, pour survivre, Nancy et ses nouveaux camarades doivent trouver le coupable.
MON avis
Les enfants indociles est le premier tome d’une série de novellas qui en compte sept actuellement. Il a remporté les prix Hugo, Nebula et Locus.

De quoi ça parle ?

On y suit Nancy lors de son arrivée dans l’Institut des enfants indociles tenu par Eleanor West. Sous ce nom « enfants indociles » se cachent des enfants et adolescents assez particuliers puisqu’ils ont un jour trouvé une porte les menant à un autre monde. Tous sont, d’une manière ou d’une autre, revenus dans notre monde et n’ont plus qu’une idée en tête : repartir. Ils sont alors envoyés dans l’institut d’Eleanor par des parents inquiets pensant que leur enfant est traumatisé après avoir été kidnappé. Si officiellement Eleanor doit les soigner de leur traumatisme, en réalité, elle sait ce qu’ils ont vécu et les aide à mieux le comprendre ainsi qu’à accepter le fait que leurs portes puissent ne plus jamais s’ouvrir pour eux. Et pourtant, si l’institut a pour objectif de fournir du réconfort à ces enfants et un endroit sain loin d’un contexte familial tendu, il se transforme peu à peu en cimetière, à mesure que les enfants indociles se font assassiner les uns après les autres, peu après l’arrivée de Nancy.

Entre lumière et obscurité

Voilà une bien étrange lecture que ce premier tome des Portes perdues. La novella se déroule dans notre monde, mais Seanan McGuire en bouleverse les codes. La première moitié du récit nous permet de faire connaissance avec les personnages bien particuliers qui le compose. Nancy revient des limbes un monde où elle a appris à être discrète et à développer la capacité de se tenir complètement immobile. Celle avec qui elle partage sa chambre vient quant à elle d’une monde nommé Amphigouri où elle devait au contraire être toujours en mouvement. À chaque enfant/adolescent que l’on découvre, c’est un nouveau tempérament qui va totalement à l’encontre des autres. Tous ont une personnalité très marquée, certains sont très sombres, d’autres très extravagants, d’autres encore ont une personnalité très ambiguë. On se retrouve dans un maelstrom de couleurs, de sentiments, de thématiques qui se percutent dans tous les sens.
La novella possède des aspects très lumineux, avec une grande sensibilité autour des thématiques liées à la différence, à l’acceptation des autres quel que soit le monde qui leur correspond. Ainsi, les univers varient selon la personnalité des enfants et sont construits à la manière d’une boussole dont les 4 directions sont la logique, l’amphigourie, la perversité et la vertu. À travers ces mondes qui représentent le passé des personnages, la novella aborde également la difficulté de grandir, de se forger sa propre identité. Mais derrière ces thématiques abordées de manière sensible et touchante, le récit possède également une immense noirceur. De son écriture assez brut, Seanan McGuire nous plonge dans un univers poisseux, où l’on ressent tout le mal-être des pensionnaires. On se rend peu à peu compte que les univers idylliques dans lesquels ils sont allés sont très loin de faire rêver. Et, dans sa deuxième moitié, la novella nous conte une série de meurtres très glauques et décrits de manière graphique et crue. L’autrice nous emmène de cette manière au cœur de la folie. Si je suis adepte des thrillers et que les détails explicites de scènes de crime ne me gênent pas, j’ai trouvé que le fait de mélanger autant d’ambiances et de thématiques différentes rendait la lecture déroutante voire dérangeante. Je n’ai pas trouvé d’harmonie dans la manière dont sont exposés les différents éléments de l’intrigue. C’est parfois trop lumineux, parfois trop sombre sans jamais de juste milieu. Si l’autrice se veut percutante et déstabilisante, c’est réussi, mais la lecture n’en est pas toujours agréable. De plus, toute la partie concernant les meurtres arrive assez tard dans le récit, trop tard pour que l’enquête puisse vraiment être développée. Cette partie de l’intrigue reste donc en surface et devient surtout très prévisible puisqu’on devine aisément et rapidement l’identité du coupable.
Les enfants indociles est ainsi une novella qui met particulièrement en avant le passage de l’enfance à l’âge adulte à travers les univers féérique d’où les personnages reviennent et où ils ne retourneront pas. Le récit interroge avec intelligence sur la manière dont on peut accepter cet état de fait et dont on peut se forger sa propre identité grâce à une palette de personnages très particuliers à la personnalité marquée et marquante. Seanan McGuire réussit à proposer un récit percutant en peu de pages à travers un maelstrom d’ambiances et d’idées qui ne s’accordent malheureusement pas toujours entre elles donnant le sentiment d’un manque d’harmonie générale malgré la qualité des thématiques abordées.
avis mitigé
D’autres avis : LianneBlackwolfRedbluemoon (attention pas mal de spoils dans son avis) – Adopt a librarian

2 réflexions sur “[Chronique] Les portes perdues, de Seanan McGuire

  1. Les lectures de Marinette 6 octobre 2022 / 14 h 44 min

    C’est vrai qu’il y a un mélange assez brut entre lumière et noirceur… Cela dit, c’est une saga que j’apprécie beaucoup pour son univers et le fait de creuser le passé et la personnalité des personnages par la suite, à travers les autres livres.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 11 octobre 2022 / 19 h 02 min

      Je comprends bien qu’on puisse l’apprécier, la preuve elle a reçu de très beaux prix !

      J’aime

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