[Chronique] Borne de Jeff Vandermeer

Borne

« Il savait désormais qu’on pouvait lui faire du mal. Qu’il était vulnérable. Aucune joie n’aurait plus la même saveur qu’avant pour lui. Aucun amusement non plus. Parce que derrière, il y aurait cette connaissance irréfutable : il pouvait mourir. »

[Chronique] Le Regard, de Ken Liu

Le Regard

«Le petit nombre de personnes au courant des implants oculaires l’étonne. Les yeux ont un caractère si vulnérable, si essentiel à la perception du monde et de soi qu’on devient protecteur à leur égard : on hésite à les violer. Les lois sur les altérations oculaires sont les plus sévères. Avec le temps, les gens confondent « interdit » et « impossible ». »

[Chronique] C’est l’inuit qui gardera le souvenir du blanc, de Lilian Bathelot

C'est l'Inuit

« Je respire lentement par la bouche. Je dirige mon souffle sur le petit tas de neige que j’ai déposé juste devant mes lèvres pour éviter que de la vapeur se forme. Je respire bien. L’air glacé me brûle la poitrine. J’ai froid, mais je reste calme. Je suis immobile. Comme un bloc de glace. Je suis un bloc de glace. »

[Chronique] L’ours et le rossignol, de Katherine Arden

l'ours et le rossignol

« Une part d’elle-même avait cru – espéré – qu’elle trouverait de l’aide dans la forêt. Le destin, la magie. Elle avait espéré l’apparition de l’Oiseau de feu, ou de la jument à la crinière d’or, ou du corbeau qui était en fait un prince… Quelle bêtise, de croire aux contes de fées. La forêt hivernale n’avait cure des hommes et des femmes ; le tchiort dormait l’hiver et les princes-corbeaux n’existaient pas. »

[Chronique] Un reflet de lune, d’Estelle Faye

Un reflet de lune

« Je me souviens malgré moi de la Révolte des Masques, tandis que je remonte vers les arènes des Rhéteurs amassées Place de la Libre-Alliance, anciennement Place de la République, anciennement Place du Château-d’Eau. Ma ville s’est construite sur des couches et des couches d’histoires, réelles ou rêvées. Au fur et à mesure que j’avance, elle se charge de souvenirs, de ma propres cartes d’émotions et de mon passé. »

[Chronique] Kra : Dar Duchesne dans les ruines de l’Ymr, de John Crowley

Kra
 
« Oiseau de mort. Memento mori, comme l’appelait parfois le Frère dans l’autre langue, la langue spéciale. Mais c’était eux, les Humains, qui s’intéressaient à la mort. Ce que voulait une Corneille, c’était vivre : elle le voulait dans un repli si profond de son être qu’on ne pouvait ni le trouver, ni le nommer, ni en parler. »

[Chronique] American Elsewhere, de Robert Jackson Benett

American Elsewhere

« Pour l’heure, l’impensable a eu lieu : l’un d’eux est mort. Non, pire que ça : il a été assassiné. Comment une telle chose a-t-elle pu arriver ? Est-ce que la mer clapote dans le ciel ? Est-ce que les planètes se percutent ? Est-ce qu’on peut tenir les étoiles dans la paume de sa main ? Non, non. Par conséquent, ils ne peuvent pas mourir. »

[Chronique] Trouver l’enfant, de Rene Denfeld

trouver l'enfant
 
« Elle apprit que le monde était un lieu solitaire, car lorsqu’on pleurait personne ne venait. Elle apprit que le monde était un lieu incertain, car un moment on était quelqu’un, et l’instant suivant on atterrissait sur la tête, complètement étourdi, et on se réveillait dans un rêve. Elle apprit que le monde était un lieu redoutable, rempli de choses imaginaires, car c’était la seule façon d’expliquer ce qu’il s’était passé. »

[Chronique] Carnaval, de Ray Célestin

Carnaval
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« Ces explications n’avaient pas empêché la presse de présenter le Tueur à la hache comme un être surnaturel capable de traverser les murs. La Nouvelle-Orléans était déjà superstitieuse en temps normal, mais désormais, une bonne partie de la ville s’imaginait être la proie d’une sorte de créature démoniaque. »