[Chronique] Les dix mille portes de January, d’Alix E. Harrow

Les 10 mille portes de January

« Je me dirigeais vaguement vers le nord, en observant ces nouvelles étoiles et ces constellations inconnues m’adresser des clins d’œil malicieux. En réalité, je ne savais pas où j’allais – une petite maison en pierre sise sur les pentes de la colline la plus au nord n’était pas l’adresse la plus précise qui soit -, mais cela ne me semblait pas être un obstacle insurmontable. »


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Les dix mille portes de January
Autrice :
Alix E. Harrow
Traduction : Thibaud Eliroff
Éditeur : Hachette
Genre : Fantasy
Date de parution française : 13 octobre 2021
Nombre de pages : 472
Prix : 25 €
 
Synopsis
Un voyage aux confins des mondes, une aventure fantastique, entre Terremer et À la Croisée des mondes. Selon January Ruddy, il n’y a qu’une façon de s’échapper de sa propre histoire : c’est de se faufiler dans celle de quelqu’un d’autre… grâce à une des Dix Milles Portes… Pénétrez, vous aussi, dans le monde magique de l’Ecrit… où certaines paroles tracées ont le pouvoir de modifier le réel, alors que le Mal qui ferme les Portes une à une est sur vos talons… Attention, la magie vient toujours avec un prix…
MON avis

Comment appréhender un succès littéraire ?

 
Les Dix mille portes de January a inauguré en octobre 2021 la toute nouvelle collection des éditions Hachette : le Rayon Imaginaire. Il s’agit du premier roman d’Alix E. Harrow et il a déjà fait pas mal de bruit depuis sa sortie en 2019 puisqu’il a été nommé à de nombreux prix, a remporté le British Fantasy Award 2021 et a été traduit dans pas moins de 18 langues ! Le deuxième roman de l’autrice The Once and Future Witches devrait également être publié par Hachette en octobre 2022.  
 
Face à un roman qui a rencontré un tel succès mondial, on ne peut s’empêcher d’avoir certaines attentes et pourtant les premiers avis que j’ai pu voir n’étaient pas forcément tous positifs. Un roman à succès qui divise, il ne m’en faut pas plus pour titiller mon attention et avoir envie de comprendre une telle divergence d’opinion. Et je dois dire que je ressors de cette lecture avec une vague sensation d’étonnement. Les Dix mille portes de January me semble être loin du récit vendu de premier abord par le résumé, il comporte de nombreux défauts que j’ai objectivement repérés au cours de la lecture, et pourtant, il est aussi mystérieusement envoûtant. J’ai été très facilement entraînée par cette histoire, qui est bien plus une histoire de famille et de quête identitaire qu’une histoire de portes fantastiques (comme le résumé trompeur le laisse penser, donc). Je ressors ainsi de cette lecture divisée, j’ai adoré le lire, et n’est-ce pas là le plus important ? Et pourtant je pense que son souvenir me laissera une sensation plus mitigée, peut-être à cause d’une fin qui ne m’a complètement convaincue, on y reviendra. Mais alors que privilégier ? Le plaisir du moment ou le souvenir et la trace que nous laissera une histoire ? Je n’ai pas vraiment la réponse à cette question, mais peut-être qu’en vous interrogeant dessus, vous saurez si ce roman est fait pour vous ou non. 
 

Une double narration inégale

 
Les Dix milles portes de January, ce n’est donc pas tout à fait une histoire de portes (même si elles ont leur importance, le livre n’est pas aussi trompeur que ça !), mais plutôt l’histoire de January, une jeune fille recueillie par un riche collectionneur, Monsieur Locke. Orpheline de mère, elle grandit dans le manoir Locke sans beaucoup voir son père qui parcourt le monde à la recherche de pièces pour la collection de Monsieur Locke. January est une enfant assez turbulente qui rêve de grandes aventures, mais qui va être élevée complètement à l’encontre de ce dont elle aspire afin qu’elle fasse bonne figure dans la haute société. Le récit est composé d’une double narration. La narration principale suit January de son enfance jusqu’à ses 17 ans. Le récit est assez lent et introspectif, on est plongé dans les pensées de la jeune fille, dans ses rêves et ses envies d’aventure. Le roman peut paraître mettre du temps à démarrer, mais c’est une illusion et le rythme reste finalement assez constant tout au long du récit. Si ce roman semble mettre du temps à poser son ambiance, c’est parce qu’il est fondamentalement un roman d’ambiance. Il nous raconte avant tout un quotidien et un parcours de vie, bien avant la magie, les portes mystérieuses et les contrées lointaines et fantastiques, qui sont présentes, mais par plus petites touches. 
 
Petit à petit une deuxième narration va s’imposer dans le récit, une narration qui est en réalité une mise en abyme. January va découvrir un livre et se mettre à lire. Un chapitre sur deux correspond alors à l’histoire de ce livre, une histoire qui semble être un simple conte au départ, mais qui va peu à peu s’ancrer dans la réalité de January. Ce procédé narratif est bien pensé de la part de l’autrice, il permet de faire évoluer l’héroïne petit à petit sans donner trop d’éléments d’un coup. Cependant, cette deuxième narration est bien moins entraînante que la narration principale. Les informations qu’on y retrouve sont capitales pour faire avancer l’intrigue, mais le propos sonne un peu creux. Il y a par exemple un chapitre intitulé « De l’amour » qui ferait fuir plus d’un lecteur ! Bien heureusement, cette deuxième narration ne correspond qu’à une petite partie du livre et on retrouve toujours avec plaisir le personnage de January dans la suite de ses mésaventures.
 

Un récit envoûtant, mais pas pleinement exploité

L’un des atouts du récit est sûrement le personnage de January, une jeune fille qu’on apprend à connaître depuis son enfance et qu’on voit grandir. L’autrice nous accorde une très grande proximité avec ce personnage et on s’attache donc aisément à elle. Si Alix E. Harrow tente de garder une aura de mystère autour des portes qui mènent à différents mondes, c’est avant tout le mystère autour de l’histoire de January qui capte l’attention. Sa quête identitaire est le vrai propos du roman, et c’est bien en travaillant notre attachement pour l’héroïne que l’autrice rend le récit captivant. Et pourtant si on y regarde de plus près, les ficelles de l’intrigue sont assez voyantes. Celle-ci prend souvent le chemin de la facilité dans ses rebondissements et, plus les choses avancent, moins elle semble vraiment exploitée. L’autrice évite avec quelques pirouettes les questions gênantes, notamment autour des antagonistes qui semblent présents uniquement pour dynamiser l’intrigue et rendre les choses un peu plus compliquées pour January, mais dont les motivations ne sont jamais vraiment bien explicitées. Le récit prend d’ailleurs une dimension assez manichéenne tombant parfois dans la lutte entre gentils et méchants. Il y a une petite volonté de nuances avec le personnage de Monsieur Locke, mais elle n’est pas assez exploitée pour être vraiment convaincante. Finalement ce manichéisme prend le dessus lors du dénouement du roman où tous les problèmes disparaissent. Beaucoup de lecteurs se satisferont sûrement de ce touchant happy end, mais je préfère personnellement les fins douces-amères, et cela aurait pu tout à fait convenir au ton général du roman.

Pas mal de points négatifs parsèment donc le récit, surtout dans sa deuxième partie et pourtant son ambiance envoûtante et la vitalité de January le rend très agréable à suivre. Les petites touches de magie très bien intégrées à notre monde et la légèreté qui se dégage du récit sont propices à l’évasion et nous plonge dans un univers onirique assez addictif. Les dix mille portes de January est finalement une belle ode à la liberté et à l’imagination. 

TB lecture

D’autres avis : L’épaule d’Orion – 

 

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11 réflexions sur “[Chronique] Les dix mille portes de January, d’Alix E. Harrow

  1. OmbreBones 19 février 2022 / 8 h 20 min

    Je l’avais acheté en anglais car j’ai été rebutée par le prix de la VF et je me suis vraiment ennuyée 😅 comme tu dis c’est un roman d’ambiance et si j’aimais bien January au début, elle est vite devenue ennuyeuse. Du coup j’ai abandonné avant même cette deuxième narration. Dommage 🤷 au final j’imaginais quelque chose de totalement différent quant au contenu.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 20 février 2022 / 13 h 32 min

      Oui c’est pour ça que je voulais insister sur le fait que c’est très différent de ce à quoi on peut s’attendre ! Et je comprends qu’on puisse ne pas du tout accrocher du coup 😕

      Aimé par 1 personne

  2. tampopo24 19 février 2022 / 9 h 12 min

    Je ne sais pas s’il pourrait me convenir,ben te lisant, j’ai peur de faire partie du camp des déçus avec trop peu de fantastique à mon goût et peut être un ton trop jeunesse. Alors malgré les belles promesses et la superbe couverture, je passe mon tour lol

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 20 février 2022 / 13 h 35 min

      Hum oui c’est possible pour la fantastique qui reste en toile de fond et est finalement assez métaphorique, pour le côté trop jeunesse, je sais pas, pour moi le livre ne souffre pas du tout de cet aspect-là !

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      • tampopo24 20 février 2022 / 14 h 08 min

        Bon c’est déjà ça, si c’est plus adulte que je le croyais, mais pas sûre que ça me suffise ^^!

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  3. Steven 19 février 2022 / 17 h 03 min

    Je reste toujours intrigué face à ce roman dont seule sa lecture me permettra de savoir s’il est fait pour moi ou non.

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  4. Tigger Lilly 19 février 2022 / 18 h 38 min

    Il me fait hésiter ce livre. J’avais beaucoup aimé la nouvelle de l’autrice dans un Bifrost de l’année dernière, ou celle d’avant, je ne sais plus. Donc j’ai envie de découvrir l’autrice plus avant. Le livre a l’air sympa, mais pas tout à fait satisfaisant comme tu le montres aussi, mon cœur balance. Heureusement le manque de temps choisit pour moi XD Peut être un jour.

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    • Sometimes a book 20 février 2022 / 13 h 37 min

      Arf je comprends le dilemme et aussi la problématique du manque de temps ! Peut-être que s’il sort en poche un jour, ça sera plus facile de craquer aussi !

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  5. Baroona 20 février 2022 / 16 h 02 min

    « Mais alors que privilégier ? Le plaisir du moment ou le souvenir et la trace que nous laissera une histoire ? » : je pense que les deux sont appréciables ; comme tous les livres ne peuvent pas laisser un souvenir impérissable, de très bons moments de lecture c’est déjà beaucoup.
    Un peu comme Tigger Lilly, sa nouvelle dans Bifrost m’a donné envie d’en lire plus, donc je pense que je le tenterai à l’occasion, en ayant tes bémols en tête pour en attendre moins. ^^

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