[Chronique] Celle qui devint le soleil, de Shelley Parker-Chan

Celle qui devint le soleil
« En cet instant terrible, elle sut ce que n’être destinée à « rien » voulait dire. Elle avait cru que cela revenait à être insignifiante ; qu’elle ne serait jamais personne, qu’elle ne ferait rien d’important. Mais ce n’était pas cela.
« Rien », c’était la mort. »


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Celle qui devint le soleil
Autrice : Shelley Parker-Chan
Traduction : Louise Malagoli
Illustration de couverture : Mel Four
Maison d’édition : Bragelonne
Genre : Fantasy
Parution française : 18 mai 2022
Nombre de pages : 406
Prix : 25 €
Synopsis
Dans un village rongé par la famine, au cœur d’une plaine poussiéreuse, deux enfants reçoivent chacun une destinée. Le garçon est promis à la grandeur. La fille, au néant…
En 1345, la Chine est soumise à la cruelle domination mongole. Pour les paysans faméliques des Plaines du Milieu, la grandeur n’existe que dans les contes. Quand la famille Zhu apprend que Chongba, leur huitième fils, est promis à un fabuleux destin, tous peinent à imaginer comment s’accomplira ce miracle. En revanche, nul ne s’étonne que la deuxième fille des Zhu, fine et débrouillarde, soit promise… au néant.
Mais lorsqu’une attaque de hors-la-loi les laisse orphelins, c’est le fils qui se laisse mourir de chagrin. Prête à tout pour échapper à sa fin annoncée, la jeune fille endosse l’identité de son frère afin de devenir novice dans un monastère. Là, poussée par un impérieux désir de survivre, Zhu apprend qu’elle est capable de tout – même du pire – pour déjouer sa destinée.
Lorsque son sanctuaire est détruit pour avoir soutenu la rébellion contre les Mongols, Zhu saisit cette chance de s’emparer d’un tout autre avenir : la grandeur abandonnée de son frère…
MON avis
Celle qui devint le soleil est le premier roman de l’autrice australienne d’origine asiatique Shelley Parker-Chan. Il s’agit apparemment d’un premier tome, information à confirmer puisque ce n’est noté absolument nulle part sur le roman…

De quoi ça parle ?

Celle qui devint le soleil est un roman qualifié de fantasy historique qui se déroule dans la Chine médiévale du XIVe siècle à une époque où le pays est envahi pour les Mongols. On y découvre une famille très pauvre dans laquelle vivent un père et ses deux jeunes enfants. Alors qu’on promet au fils, Zhu Chongba un fabuleux destin, sa sœur, elle, est dénigrée. Elle représente une bouche de plus à nourrir, une bouche inutile, car une femme ne peut pas avoir un grand destin… Et pourtant lorsque la tragédie s’abat sur sa famille, elle sera la seule survivante. Alors pourquoi ne pas voler le destin exceptionnel promit à son frère ? C’est ainsi qu’elle prendra sa place et deviendra Zhu Chongba.
On trouve dans ce résumé un fort élan féministe avec cette femme qui décide de prouver que son genre ne l’empêche pas d’avoir une destinée. Le début du récit met d’ailleurs habilement en avant cet aspect de l’histoire et la grande force et détermination du personnage principal. En tant que femme, le personnage est déshumanisé. Il n’a pas assez d’importance pour qu’on puisse même connaître son nom. Elle se retrouve personnifiée uniquement au moment où elle prend l’identité de son frère. On ne peut bien sûr s’empêcher de penser à Mulan en voyant ce résumé et c’est sûrement ce qui m’a moi-même donner envie de découvrir ce roman. Si comme Mulan, l’héroïne se déguise en homme, la comparaison ne va pas beaucoup plus loin et c’est peut-être ce qui m’a déçue avec ce roman. Ainsi, si le sujet était accrocheur et le début prometteur, je n’ai malheureusement pas aimé cette lecture, dont la beauté du travail éditorial cache selon moi un récit pauvre tant au niveau de l’intrigue que de la narration. Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit une chronique vraiment négative d’un roman, mais il me semblait important d’expliquer mon ressenti afin que vous ne vous fassiez pas vous aussi avoir par un beau travail éditorial.

Une narration qui évolue

La narration du roman est réellement séparée en deux parties distinctes qui n’ont rien à voir entre elles. Dans la première partie, plus courte, on suit la jeunesse de Zhu Chongba alors qu’elle a rejoint un monastère. Je dis qu’on suit sa jeunesse, en réalité on découvre des flashbacks de sa vie dans une succession de scènes qui m’ont parues toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Chaque chapitre est ainsi séparé par un certain laps de temps, sans vrai fil conducteur pour les relier. Il s’agit une narration que je n’apprécie personnellement pas (à moins que ça soit vraiment maîtrisé, ce qui n’est pas le cas ici), car elles me donnent la sensation de lire un résumé d’une histoire et non l’histoire dans sa globalité. Impossible dans ces conditions de s’investir émotionnellement avec les personnages, ce qui est particulièrement dommage pour un début de roman où il faut capter l’attention du lecteur. De plus, ces scènes sont focalisées sur une chose : la manière dont Zhu Chongba réussit à cacher, plus ou moins bien, son identité de femme. Dans une scène, on nous explique comment elle réussit à ne jamais se laver, dans une autre comment on a failli la découvrir à cause d’un chien lui étant tombé dessus (!!!). Ces scènes intégrées dans un récit plus linéaire avec d’autres péripéties autour auraient pu passer (ou faire figure de scènes humoristiques à la limite…), mais seules, elles ressortent de manière grossière. On devine aisément qu’elles sont là uniquement comme justification de l’évolution du personnage pour la suite de l’histoire à savoir comment elle a réussi à « devenir » un homme.
Ça commençait donc déjà plutôt mal, et pourtant cela aurait pu s’arranger puisque l’autrice reprend une narration plus classique dans la deuxième partie. Zhu Chongba a quitté le monastère, elle est maintenant adulte et prête à obtenir le grand destin promit à son frère. Cette deuxième partie déstabilise, car on commence également à suivre d’autres personnages. Zhu n’est plus le centre du récit, la narration est beaucoup plus maîtrisée, terminé les invraisemblances ou les scènes factices : on entre dans le vif du propos. Et pourtant le récit m’a paru être d’une platitude extrême. La plume est pourtant fluide et sans être extraordinaire, elle est jolie et efficace, et pourtant les chapitres m’ont paru interminables. Je n’ai jamais réussi à vraiment entrer dans l’histoire, à m’intéresser à ces personnages dont les seules motivations consistaient à avoir un destin exceptionnel. Ça ne m’a pas suffi pour leur trouver un intérêt. Et pourtant dans certains passages, on trouve soudainement des envolées lyriques d’où ressort un vrai propos sur les questions d’identité et du genre. Mais cela ne dure jamais et on retombe au bout de quelques pages dans un propos aussi plat qu’avant.
« Le rouge avait recouvert le monde, si éclatant qu’il faisait penser aux ténèbres plus qu’à la lumière. Ma se sentit d’un coup oppressée, à tel point qu’elle peinait à respirer. La lumière n’aurait-elle pas dû être plus… brillante ? Certes, le rouge était la couleur de la bonne fortune et de la prospérité. Mais elle ne parvenait pas à chasser de son esprit l’image d’une ère baignée de sang. »

Fantasy historique ?

Un autre aspect qui m’a fortement déçu avec Celle qui devint le soleil est l’aspect historique. C’est même pour moi assez honteux de qualifier ce roman d’historique tant l’immersion dans cette Chine médiévale ne se fait pas. Si je lis un livre historique personnellement, c’est pour découvrir la manière dont on vivait à l’époque mentionnée, les coutumes, les paysages… Il n’y a rien de tout cela dans Celle qui devint le soleil, l’autrice ne fait absolument aucune description, si bien qu’il n’y a aucun moyen de visualiser à quoi pouvait bien ressembler cette Chine. Shelley Parker-Chan est tout autant avare en explications sur les coutumes et traditions de l’époque si bien que le récit m’a semblé sans vie et sans richesse. A vrai dire, la partie que j’ai trouvé le plus intéressante est la première page du roman qui résume le vrai contexte historique de la Chine. Si vous voulez lire de la fantasy historique, je vous conseille vivement de plutôt vous tourner vers Guy Gavriel Kay et si vous voulez en savoir plus sur la Chine médiévale, ne passez pas à côté de l’excellent Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido qui dépeint avec une grande précision la vie à cette époque. Si vous ne vous intéressez pas à l’aspect historique et que vous ne cherchez pas de roman avec un worldbuilding développé, vous pourriez peut-être aimer Celle qui devint le soleil. Si cela n’a pas marché avec moi, ce texte a su rencontrer son public et il marchera peut-être avec vous !
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8 réflexions sur “[Chronique] Celle qui devint le soleil, de Shelley Parker-Chan

  1. Steven 9 juillet 2022 / 7 h 22 min

    Ce roman n’est clairement pas pour moi ! Dommage car son résumé et sa magnifique édition me donnaient terriblement envie mais les avis que je vois – dont le tien – sont quasiment unanimes. Merci à toi, j’économise du temps et de l’argent 😉

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 10 juillet 2022 / 11 h 23 min

      Ah tiens ça me rassure de savoir qu’il y a beaucoup d’avis semblables au mien, j’avais l’impression d’être complètement à contre-courant 😂

      Aimé par 1 personne

  2. Aelinel Ymladris 9 juillet 2022 / 10 h 30 min

    Zut, il est dans ma PAL justement et ce qui m’intéresse de la Fantasy historique, c’est la reconstitution d’un contexte. Je risque d’être déçue. J’essayerai quand même.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 10 juillet 2022 / 11 h 25 min

      Je pense que d’autres ont aimé le côté historique, moi ce n’est pas ce que j’attends d’un livre historique donc à voir, tu fais bien d’essayer quand même !

      Aimé par 1 personne

  3. leslivresderose 9 juillet 2022 / 20 h 19 min

    Je l’ai acheté aux Imaginales! J’espère que j’accorcherai plus que toi du coup XD Mais j’avoue que j’en attendais pas mal du côté historique…Je vais revoir mes attentes et ça passera peut-être mieux!

    Aimé par 1 personne

  4. tampopo24 10 juillet 2022 / 11 h 36 min

    Problème de décor historique + wordbuilding faible, je passe mon tour.
    On m’avait pourtant dit qu’il y avait un beau décor historique complexe, mais ça venait peut-être de gens ne lisant pas ou peu de romans historiques et qui avaient été surpris ici. Étant comme toi plutôt férue du genre et aimant beaucoup Gavriel Kay, je vais plutôt rester avec celui-ci ❤️

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