[Chronique] La chanson d’Arbonne, de Guy Gavriel Kay

La chanson d'Arbonne
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« Comme le disait un proverbe du Gorhaut, lorsque nos ennemis se consultent, il faut les ailes de l’oiseau pour s’envoler ou la force du lion pour se battre. En ce moment, il n’avait ni les unes ni l’autre. »


 
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La chanson d’Arbonne
Auteur
: Guy Gavriel Kay
Traduction : Hélène Rioux
Illustration : Raphaël Defossez
Éditeur : L’atalante
Genre : Fantasy
Date de parution originale : 1992
Nombre de pages : 624
Prix : 27,90 €
Synopsis
Au pays d’Arbonne le soleil mûrit les vignes et fait éclore les chansons des troubadours qui célèbrent l’amour courtois. Au Gorhaut, terre austère du Nord où l’on adore le dieu mâle Corannos, règne le brutal Adémar, sous l’influence du primat fanatique du clergé.  « Jusqu’à ce que meure le soleil et que tombent les lunes, l’Arbonne et le Gorhaut ne vivront pas en harmonie côte à côte. » Gouvernée par une femme, minée par la rivalité sanglante de ses deux seigneurs les plus puissants, l’Arbonne n’est-elle pas une proie tentante pour une guerre de conquête et de croisade du Gorhaut, d’autant – ignominie ! – qu’on y vénère une déesse ? Mais c’est en Arbonne que Blaise du Gorhaut s’est engagé comme mercenaire au service d’un baronnet, après avoir fui son pays et son père. Il découvre en chemin les guerres et les intrigues d’un monde où les marionnettistes politiques parlent de l’avenir au présent, mais où l’amour, toujours, pèse plus fort que tout autre sentiment. Qui est-il vraiment, ce Blaise du Nord, et quel destin l’attend qu’il ignore lui-même ? Seule le sait peut-être Béatrice, la grande prêtresse aveugle de Rian au hibou sur l’épaule.

MON avis

La chanson d’Arbonne nous emmène dans un monde coupé en deux. Le Sud (l’Arbonne), inspiré de la Provence est une terre ensoleillée où les femmes gouvernent et les hommes leur écrivent des chansons d’amour. L’Arbonne est une terre de libertés individuelles et d’amour courtois et les choses ne sont pas régis par des règles préconçues. Ainsi les troubadours peuvent également être des nobles et les femmes avoir des amants. Le Nord (Le Gorhaut) quant à lui est une terre stricte, une société patriarcale fondée sur le pouvoir et les conquêtes et où les femmes n’ont aucun droit et sont traitées comme des objets. L’auteur nous emmène ainsi dans un univers régit par deux politiques extrêmes et opposées et pour faire le lien entre tout ça, on va suivre le personnage de Blaise.

Blaise est le fils d’un des hommes les plus influents du Gorhaut qui a renié son pays et ses traditions pour partir voyager dans le Sud. Blaise apporte véritablement un regard plus nuancé sur les différentes traditions des deux pays. Ils rejettent les traitements faits aux femmes dans son pays d’origine, mais n’adhère pas non plus à l’adoration voire à la sacralisation des femmes qui est faite en Arbonne. Ce personnage permet d’amener un regard plus neutre concernant les relations hommes-femmes et c’est peut-être à travers son regard que la figure féminine est la plus mise en valeur. Car, même si le personnage principal est un homme, ce roman est une véritable ode à la femme et met en avant de nombreux personnages féminins très puissants et influents. Le roman ne suit d’ailleurs pas uniquement le personnage de Blaise. Si on le suit parfois directement, d’autres fois, on le voit également à travers la vision d’autres personnages notamment Lisseut, une femme troubadour. J’ai été étonnée et agréablement surprise que ce roman mette autant en valeur les femmes. Même si celles-ci ne peuvent pas résoudre tous les conflits, leur voix est extrêmement importante et bien mise en valeur. De manière générale, l’auteur a peaufiné ses personnages et finalement même le personnage qui peut nous sembler le plus insignifiant au début du roman aura un rôle important à jouer dans cette histoire. J’ai trouvé ce message très beau, l’auteur montre bien qu’on peut tous être utile à son niveau.  

L’écriture de Guy Gabriel Kay est douce et très sensible. Ce roman qui nous plonge au cœur d’un peuple qui met à l’honneur les troubadours est évidemment très porté sur la musicalité. L’auteur a très bien construit son intrigue notamment dans la présentation des personnages qui sont introduits petit à petit et directement au cœur d’une action. On apprend donc au fur et à mesure à les connaître et on peut ainsi s’amuser à retrouver les liens qui les unissent. Cependant, il y a énormément de personnages venant d’horizons très variés ce qui offre une très belle diversité mais, arrivé au bout du roman, on a l’impression d’à peine les connaître. On sent que certains personnages sont à peine effleurés et qu’ils pourraient nous révéler tellement plus de choses tant ils sont réalistes. Il est donc difficile de quitter les personnages à la fin de cette grande aventure alors qu’on a l’impression de les avoir à peine connus. J’ai finalement eu le sentiment qu’il y avait toujours une distance entre le lecteur et les personnages assez difficile à franchir. 

En ce qui concerne l’intrigue, le roman est divisé en quatre parties, une partie par saison et il faut un peu de temps pour bien rentrer dans l’intrigue. La première saison, le printemps constitue vraiment une introduction sur l’univers. J’ai été complètement embarquée à partir de l’été. C’est la partie dans laquelle on arrive vraiment dans l’intimité des personnages et à l’issue de laquelle les enjeux sont définitivement posés (et quels enjeux !). Du fait de la narration qui nous fait suivre différents personnages, j’ai ressenti parfois des longueurs et surtout des répétitions. Les personnages reviennent souvent sur des évènements qui se sont déjà déroulés et même si ça nous aide à mieux les connaître, ça reste parfois répétitif. Le rythme est donc un peu inégal avec des chapitres incroyables d’action et de rebondissements et d’autres chapitres plus introspectifs et enclins à des digressions. Malgré tout ça, j’ai été complètement emportée par cette grande fresque et je ne peux que saluer le talent de conteur de l’auteur !


Conclusion


La chanson d’Arbonne est un roman qui met en confrontation deux pays aux coutumes extrêmement différentes notamment en ce qui concerne la place de la femme. Méprisées d’un côté et adulées de l’autre, les femmes ont réellement une place centrale dans ce récit. Ce roman nous emmène donc sur les traces de femmes fortes, intelligentes et puissantes et représente une très belle ode à la figure féminine. Le récit est brillamment mené avec un rythme parfois un peu inégal, mais compensé par de forts enjeux et une belle fresque de personnages très variées et présentant une belle diversité. 

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