[Chronique] Carnaval, de Ray Célestin

Carnaval
 –
« Ces explications n’avaient pas empêché la presse de présenter le Tueur à la hache comme un être surnaturel capable de traverser les murs. La Nouvelle-Orléans était déjà superstitieuse en temps normal, mais désormais, une bonne partie de la ville s’imaginait être la proie d’une sorte de créature démoniaque. »


carnaval-621185-264-432
 
Carnaval
Auteur :
Ray Celestin
Traducteur : Jean Szlamowicz
Illustration : Joana Thomson
Éditeurs : Cherche-midi (broché) – 10/18 (poche)
Genre : Thriller Historique
Date de parution : 15 mai 2015
Nombre de pages : 493
Prix : 21 € / 8,80 €
Acheter
 
Synopsis
Au coeur du Sud profond, La Nouvelle-Orléans, construite sur des marécages en dessous du niveau de la mer, a toujours été aux prises avec tornades, inondations et épidémies de toutes sortes. La nature du sol en fait une cité qui s’affaisse, où les morts ne peuvent être enterrés. Alligators, serpents, araignées hantent ses marais. Nombre de menaces ont toujours plané au-dessus de la ville. Et pourtant…
Lorsqu’en 1919 un tueur en série s’attaque à ses habitants en laissant sur les lieux de ses crimes des cartes de tarot, la panique gagne peu à peu. On évoque le vaudou. Les victimes étant siciliennes, les rivalités ethniques sont exacerbées. Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, une jeune secrétaire de l’agence Pinkerton, Ida, et un ancien policier tout juste sorti de prison, Luca D’Andrea, vont tenter de résoudre l’affaire. Mais eux aussi ont leurs secrets… Alors qu’un ouragan s’approche de la ville, le tueur, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche.

MON avis

Carnaval est le premier tome d’une série de thrillers historiques qui met en scène le même duo de personnages principaux, mais dont chaque tome présente une enquête indépendante située à chaque fois dans une ville à une époque différente. Le premier tome nous emmène à la Nouvelle-Orléans en 1919, date à laquelle un mystérieux tueur surnommé « le tueur à la hache » sévissait dans la ville. 

Un cadre historique passionnant

Ainsi Ray Celestin reprend la légende du tueur à la hache pour construire son intrigue policière. Si l’identité du fameux tueur n’a en réalité jamais été découverte, l’auteur lui en invente une pour son récit et reprend certains faits pour lui construire un mobile. Le déroulé des meurtres et les victimes mentionnées dans le roman correspondent ainsi à la réalité historique, même si l’auteur semble attribuer des meurtres qu’il n’a pas commis au tueur à la hache. Ce tueur frappait particulièrement une catégorie bien précise de la population : les épiciers italiens, et l’auteur imagine donc une intrigue se basant sur une histoire de vengeance sur fond de mafia italienne. Ray Celestin s’approprie donc l’histoire de la Nouvelle Orléans pour construire une intrigue s’écartant de la réalité tout en gardant malgré tout un cadre historique très solide. 

C’est sûrement le point fort de ce roman, l’auteur a parfaitement retranscris l’ambiance de la Nouvelle Orléans de l’époque. Je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment la situation et l’organisation de la ville en ce début de XXe siècle et j’ai donc appris pas mal de choses à la lecture de ce récit. Ray Celestin met un point d’honneur à montrer à quelle point la ségrégation raciale dominait alors la ville et comment le jazz est né de cette ségrégation. Cette séparation des populations au sein des différents quartiers et les inégalités qui en découlent sont saisissantes et très bien intégrées dans l’intrigue puisque les personnages sont amenés à parcourir différents quartiers dont certains dans lesquels ils ne sont absolument pas les bienvenus. L’auteur offre ainsi une vision frappante de la ville qui semble posséder de multiples facettes : on se retrouve dans une ville où la musique et la fête sont omniprésentes, mais qui est en même temps l’une des villes les plus dangereuses des Etats-Unis. Cette dichotomie donne une ambiance très particulière au récit accentuée par la richesse culturelle de la ville comme la pratique du vaudou héritée des Caraïbes. Ajoutez à cela une ville construite sous le niveau de la mer et extrêmement sujette aux ouragans et inondations et vous comprendrez à quel point ce roman peut être dépaysant !

Une enquête manquant de suspense

L’intrigue est construite à la manière d’un roman choral mettant en scène trois personnages qui vont enquêter chacun de leur côté sur les meurtres du tueur à la hache. On suit ainsi le policier Michael Talbot, son ancien collègue tout juste sorti de prison Luca d’Andrea appartenant à la communauté italienne de la ville et Ida secrétaire d’une agence de détective privé qui veut faire ses preuves en découvrant l’identité du tueur. Chaque chapitre relate le point de vue d’un de ces trois personnages et l’auteur gère assez bien cette construction puisque même s’ils enquêtent tous sur la même affaire, ils abordent tous les choses de manière très différente. Chaque personnage se concentre sur un aspect différent de l’enquête et prennent des chemins très différents pour arriver jusqu’au tueur, ce qui évite de rendre l’intrigue répétitive. De plus, les personnages possèdent tous une culture très différente qui va les aider à orienter leur enquête. Luca d’Andrea est proche de la mafia italienne, ce qui va le mener à enquêter au cœur de son propre quartier. Ida est une femme métissée ce qui lui permet de s’introduire un peu partout que ce soit aux endroits où la population noire n’est pas acceptée ou là où ce sont les blancs qui sont mal vus. Néanmoins, le fait d’être une femme n’étant pas forcément un avantage dans son enquête et elle est souvent accompagnée de son ami Lewis, un musicien de jazz noir. L’auteur se sert ainsi de tous ces personnages aux origines très variées pour montrer toutes les facettes de la Nouvelle Orléans et mettre en scène le cadre historique qu’il a posé, ce qui est vraiment très réussi.

Néanmoins, le fait de suivre tant de personnages différents mener la même enquête donne un côté un peu expéditif autant à l’enquête en elle-même qu’à la construction des personnages. Les chapitres sont assez courts et ne laissent pas le temps d’apprendre à connaître les personnages avant de passer au suivant. Cette construction ne permet donc pas de s’attacher aux personnages et de vraiment s’investir en tant que lecteur dans l’enquête. De plus, j’ai trouvé l’enquête un peu décevante. Si l’auteur gère bien son avancée en distillant des indices petit à petit, il y a très peu de tension dans le récit. Au milieu de tout le contexte historique, le rythme est assez lent et il manque un vrai suspense autour de l’identité du tueur. Je n’ai donc pas été vraiment captivée par l’intrigue même si je suis contente d’avoir découvert ce roman pour son cadre historique très intéressant. 


Conclusion


Ray Celestin nous emmène dans la Nouvelle Orléans du début du XXe siècle sur les traces du célèbre tueur à la hache. L’auteur s’approprie les faits de l’époque et s’en inspire pour construire une intrigue policière sur fond de mafia italienne. Grâce à sa plume visuelle et à ses nombreux personnages issus de cultures très différentes, il nous dépeint une ville aux multiples facettes. La ségrégation raciale qui domine la ville, ses rues animées de musique, sa météo tumultueuse et ses nombreux dangers, la Nouvelle Orléans est dépeinte de manière fascinante et sûrement assez proche de la réalité de l’époque. Si j’ai adoré découvrir cette ville, je reste moins emballée par l’enquête policière qui manquait de tension et de suspense à mon goût. 

Bonne lecture

10 réflexions sur “[Chronique] Carnaval, de Ray Célestin

  1. Light And Smell 30 décembre 2020 / 13 h 53 min

    J’ai aussi adoré le contexte historique du roman et l’idée de l’auteur de s’inspirer d’un tueur qui a réellement existé !

    Aimé par 1 personne

  2. Sabine C. 30 décembre 2020 / 13 h 56 min

    Ah ! C’est un reproche que j’ai fait à une de mes dernières lectures : une ville-univers géniale mais une enquête sans intérêt. Mais bon, comme j’adore l’ambiance Nouvelle Orléans, je pense que je vais quand même tenter le coup :D.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 31 décembre 2020 / 11 h 09 min

      Après je dirais pas non plus qu’elle est complètement sans intérêt, mais il faut pas chercher de gros rebondissements ! Mais oui si tu aimes l’ambiance de la Nouvelle Orléans, ça peut tout à fait le faire 😀

      Aimé par 1 personne

  3. Baroona 30 décembre 2020 / 16 h 26 min

    L’ambiance et le cadre sont tentants, et c’est du coup d’autant plus dommage que l’enquête ne soit pas vraiment à la hauteur. Je suis à l’inverse de Sabcz : je crois que ça va me freiner suffisamment pour ne pas le tenter – il y a déjà tant de bons ombres à lire –

    Aimé par 1 personne

    • Baroona 30 décembre 2020 / 16 h 28 min

      *de bons livres à lire – mais avec un peu de regret.
      (oups le petit clic raté =X)

      Aimé par 1 personne

      • Sometimes a book 31 décembre 2020 / 11 h 10 min

        Après ce n’est que mon avis pour l’enquête et c’est possible que d’autres la trouve intéressante. Mais je te rejoins dans le fait qu’il y a trop de livres à découvrir donc il faut bien faire des choix !

        J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s