[Chronique] D’or et d’oreillers de Flore Vesco

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« – La magie, ce n’est pas pour nous.
Sadima se demanda qui était ce « nous ». Était-ce les femmes, les personnes de leur condition ou, tout simplement, les gens normaux ? Il lui vint à l’idée qu’elle se sentait oppressée dans chacune de ces catégories. »


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D’or et d’oreillers
Autrice :
Flore Vesco
Illustration : Maylen Goust
Éditeur : L’école des loisirs
Genre : Fantasy – Réécriture de conte
Date de parution : 3 mars 2021
Nombre de pages : 235
Prix : 15 €
 
Synopsis
C’est un lit vertigineux, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Il trône au centre de la chambre qui accueille les prétendantes de lord Handerson. Le riche héritier a conçu un test pour choisir au mieux sa future épouse. Chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, sans parent, ni chaperon, dans ce lit d’une hauteur invraisemblable. Pour l’heure, les prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été renvoyées chez elles au petit matin, sans aucune explication.
Mais voici que lord Handerson propose à Sadima de passer l’épreuve. Robuste et vaillante, simple femme de chambre, Sadima n’a pourtant rien d’une princesse au petit pois ! Et c’est tant mieux, car nous ne sommes pas dans un conte de fées mais dans une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit…
 

MON avis

L’année dernière, j’ai découvert la plume de Flore Vesco avec L’estrange malenventure de Mirella, et j’étais tombée sur le charme de la manière dont l’autrice racontait ses histories. Je ne pouvais donc pas manquer sa nouvelle parution, d’autant plus qu’elle reste dans le genre de la réécriture de conte qu’elle maîtrise si bien.

Une revisite de La princesse au petit pois

Ainsi après Le joueur de flûte de Hamelin, Flore Vesco revisite La princesse au petit pois avec D’or et d’oreillers. Mais si l’autrice s’inspire de ce conte, elle s’en éloigne aussi, et ce, dès le prologue ! Ainsi, la narratrice dévoile sa propre version du conte, bien éloignée de celle que l’on connaît. Eh oui, pas de petit pois, mais bien une histoire de riche héritier cherchant une épouse, d’un lit composé d’une dizaine de matelas empilés et de princesses prêtes à tout pour obtenir les faveurs du jeune homme. Le tout dans un récit bien plus original que tout ce à quoi on pourrait s’attendre avec ce genre de point de départ !

Les contes cachent une once de vérité sous mille fadaises. Voici le vrai de l’affaire. […] Pour commencer, il n’était pas prince, mais lord héréditaire. Près de Greenhead, à cinquante lieues d’ici.
– Et le petit pois,
– Le petit pois, voyons ! Vous pensez bien qu’il n’y en avait pas plus que de citrouille et de haricots magiques. Ou de bébés qui germent dans les roses et les choux. Cette manie de masquer la vérité derrière des légumes ! Ma douce, le conte du petit pois sous le matelas, c’est une soupe qu’on fait avaler aux fillettes innocentes. 

Un début de lecture compliqué

On retrouve ainsi dès le prologue la plume piquante et très métaphorique de Flore Vesco qui m’avait tant plu dans son précédent roman. Néanmoins, j’ai eu un peu plus de mal à rentrer dans ce nouveau roman pour plusieurs raisons à commencer par les personnages. Dans D’or et d’oreiller, Flore Vesco reprend les codes du conte avec des personnages très caricaturaux surtout caractérisés par un seul grand trait de caractère. C’est surtout vrai pour les personnages secondaires, le personnage principal qui n’est d’ailleurs pas celui auquel on croit au départ et qui se dévoile petit à petit est un poil plus nuancé, mais aurait pu l’être encore plus. Je ne révèlerai donc pas l’identité du personnage principal de ce récit (même si cela reste assez prévisible connaissant un peu Flore Vesco), mais j’ai eu du mal avec ce personnage à cause de son caractère et justement de son côté un peu trop « parfait ». Sans attachement pour les personnages, le début de l’intrigue m’a semblé tirer un peu trop en longueur même si Flore Vesco joue extrêmement bien avec le suspense de son intrigue, ce qui fait que j’ai quand même dévoré ce livre d’une traite. 

L’autre point qui m’a dérangée est l’une des thématiques principales de l’intrigue et certaines métaphores qui m’ont semblé quelque peu en décalage avec la cible du récit. Ce roman contient une part assez importante de romance et aborde les activités nocturnes des personnages de manière si métaphorique que je me questionne sur la compréhension de ces scènes pour une cible jeunesse. Personnellement ces scènes m’ont mises mal à l’aise, car je ne suis pas une amatrice de romance et ce n’est pas le genre de choses qui m’intéresse dans mes lectures. Bien heureusement, la seconde moitié du récit part dans une direction différente qui m’a beaucoup plus convaincue.

L’histoire réelle, celle de ce Lord et des prétendantes qui couchaient chez lui, elle n’est pas pour les enfants. Il est des vérités sur l’amour, sur les nuits des jeunes filles et ce qu’elles font en leur lit, qu’on apprend en grandissant. Ce sont des secrets que je m’en vais vous conter.

Une seconde moitié d’une grande inventivité

Si le début du récit ne m’a pas forcément hyper convaincue, bien heureusement Flore Vesco lui fait prendre un tournant inattendu qui m’a beaucoup plu. L’autrice nous dévoile toute son inventivité lorsque l’on comprend la vérité sur ce qu’il se passe dans cette fameuse chambre aux dizaines de matelas. On peut d’ailleurs considérer que l’histoire et ses enjeux démarrent véritablement à partir de là. Les thématiques abordées sont différentes et m’ont beaucoup plus parlée que celles du début. On y aborde des thèmes importants pour l’autrice que l’on trouvait déjà dans son précédent roman (mais traitées différemment) comme l’importance et l’acceptation de la différence, mais aussi la mise en valeur de l’esprit et de l’ingéniosité. Le roman met également en avant les relations familiales en questionnant sur les limites que l’on peut franchir ou pas par amour de sa famille. Les thématiques sont bien traitées, mais ne dévoilent pas de message clair comme c’était le cas avec L’estrange malenventure de Mirella les rendant peut-être un peu moins percutantes et touchantes. 

Cette deuxième partie nous plonge également dans un magnifique décor à la fois très sombre et merveilleux. On retrouve l’atmosphère magique des contes de fées parfaitement retranscrite par la plume piquante et poétique de Flore Vesco. Le rythme est également rendu plus vif par une tension de plus en plus présente rendant le récit difficile à lâcher jusqu’à ce l’on connaisse enfin tous les lourds secrets du Lord et de sa famille. Car l’autrice nous emmène dans un jeu de piste plein de mystères dont les pièces du puzzle se rassemblent peu à peu jusqu’à un final grandiose. 

Petit aparté sur la couverture 

Je dois faire un petit point sur cette couverture qui me pose un problème qui ne résulte peut-être que de mon interprétation, je vous laisse en juger. Le personnage représenté sur la couverture a la peau très claire, ce qui ne me semble pas être le cas du personnage qu’il représente en réalité dans le roman. J’en ai parlé à quelques personnes qui m’ont dit « oui mais ça aurait été un spoil de représenter autrement le personnage puisqu’on ne sait pas tout de suite qui est le personnage principal de l’intrigue ». Soit, mais dans ce cas, il aurait mieux valu choisir une autre couverture sur laquelle aucun personnage n’aurait été représenté plutôt que de changer un trait physique aussi sensible que la couleur de peau sachant que de toute façon un seul personnage a les cheveux noirs dans l’histoire. C’est vraiment un point qui me chagrine dans ce roman d’autant plus quand le contenu met aussi bien en avant la diversité et la différence. 


Conclusion


Avec D’or et d’oreillers, Flore Vesco revisite le conte de La princesse au petit pois en prenant le parti-pris de s’éloigner du conte dès le prologue ! Elle propose ainsi une histoire qui démarre de manière très classique avec des personnages assez stéréotypés pour finalement prendre une direction inattendue pleine de magie et d’inventivité. J’ai eu un peu de mal avec la première partie et notamment les métaphores sur la sexualité des personnages qui m’ont semblée un peu en décalage avec la cible jeunesse du roman. Heureusement, j’ai beaucoup apprécié la deuxième partie dans laquelle l’intrigue révèle tout son potentiel et son originalité et nous emmène dans une atmosphère aussi sombre que merveilleuse. Flore Vesco aborde de nombreuses thématiques comme l’acceptation de la différence, l’importance de l’ingéniosité et le pouvoir des liens familiaux dans ce récit qui est finalement à la fois une romance et une histoire de lourds secrets de famille dans une ambiance magique et mystérieuse. 

TB lecture

D’autres avis : TachanSiaSaiwhisper – ?

16 réflexions sur “[Chronique] D’or et d’oreillers de Flore Vesco

  1. Steven 19 mai 2021 / 7 h 56 min

    Enfin un avis un peu plus nuancé malgré une très bonne note. J’ai très envie de découvrir ce roman qui m’intrigue autant qu’il me fait peur du fait des éloges que je peux en lire 😉

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 20 mai 2021 / 18 h 50 min

      Oui c’est vrai que je suis un peu plus réservée que la plupart des avis que j’ai vus, mais je pense que ça reste un bon divertissement à lire ! Il ne faut pas lui donner trop d’attentes non plus 😊

      Aimé par 1 personne

  2. Light And Smell 19 mai 2021 / 8 h 07 min

    Comme tous les romans de l’autrice, il me tente pas mal, malgré une première partie qui ne t’a pas convaincue outre mesure.
    La diversité des thématiques abordées et la plume de l’autrice semblent rendre l’histoire particulièrement intéressante et prenante !

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 20 mai 2021 / 18 h 52 min

      Tu en as lu d’autres de l’autrice à part Mirella ?
      Oui c’est vraiment un roman avec de belles thématiques qui sont bien traitées !

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      • Light And Smell 21 mai 2021 / 18 h 17 min

        Non, je n’en ai même lu aucun, j’ai tendance, comme trop souvent, à accumuler les romans de l’autrice et à les feuilleter avant de prendre le temps de les lire un de ces jours…

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  3. tampopo24 19 mai 2021 / 12 h 11 min

    Une bien belle lecture, ravie qu’elle ait fini par te séduire malgré ce démarrage un peu difficile.
    Je reconnais que j’ai aussi été surprise par des métaphores sexuelles dans un titre jeunesse ^^!

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    • Sometimes a book 20 mai 2021 / 18 h 52 min

      Ahah ça me rassure de pas avoir été la seule, car personne n’en parle, alors que c’est quand même surprenant 🤣

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  4. lespagesquitournent 19 mai 2021 / 20 h 23 min

    Merci du lien ! ❤ J'adore ta photo. Je suis contente que, malgré le fait que le début ne soit pas à ton goût, la seconde partie aie su davantage te séduire.

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  5. Sabine C. 19 mai 2021 / 22 h 05 min

    Je ne l’ai pas encore lu, mais ce que tu en dis me donne envie ^^.
    Et même si je n’ai pas encore connaissance du contenu, de ce que tu en dis, je suis d’accord que la couverture aurait pu se faire autrement. Dommage.

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    • Sometimes a book 20 mai 2021 / 18 h 53 min

      Oui c’est vraiment dommage pour la couverture, d’autant plus quand le roman prône autant le respect et la diversité :/

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  6. Yuyine 21 mai 2021 / 13 h 10 min

    Autant le précédent m’intéresse, autant celui-ci ne m’attire pas du tout et je pense que les défauts que tu soulèves dans la première partie, notamment les activités nocturnes, va complètement me passer au-dessus de la tête.
    Fort dommage aussi pour la couverture, comme tu dis, si on ne veut pas spoiler un personnage on n’en représente pas en couv plutôt que de faire ce choix.

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    • Sometimes a book 21 mai 2021 / 19 h 26 min

      Si les thématiques ne t’intéressent pas effectivement, mieux vaut plutôt tenter son précédent roman qui est meilleur !

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  7. zoelucaccini 22 mai 2021 / 16 h 05 min

    Super intéressante ta chronique, j’apprécie beaucoup ton avis plus nuancé et détaillé. Effectivement, c’est problématique ce que tu pointes au niveau de la couverture.
    Je l’ai dans ma PaL, je serai curieuse de le lire malgré tes quelques réticences, d’autant que tu as malgré tout apprécié la seconde partie. Ca semble rester, dans l’ensemble, une promesse de bonne lecture.

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    • Sometimes a book 23 mai 2021 / 19 h 32 min

      Merci beaucoup, je suis contente de t’avoir quand même donné envie de le découvrir, malgré les quelques bémols et j’espère que tu l’apprécieras !

      Aimé par 1 personne

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