[Chronique] Encens, de Johanna Marines #PLIB2022

Encens
 
« Dans cette pièce austère, un maëlstrom d’émotions se mélangeait, la surprise, la tristesse, la rage, l’excitation, l’impatience. Elle, elle se sentait tristement démunie. Impuissante. Adam était seul. Une brebis galeuse entourée par une horde de loups affamés. Les hommes avaient besoin, de leur lot de sang, de sacrifice. Etaient-ils plus heureux en condamnant les autres, en les voyant souffrir ? »


 
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Encens
Autrice : Johanna Marines
Maison d’édition : Snag
Illustration de couverture : Aurélie Police

Genre : Science-fiction – Thriller
Parution française : mai 2021
Nombre de pages : 498
Prix : 18 €
#ISBN9782490151370
 
Synopsis
Nouvelle Orléans, 1919. Alors que le tueur à la hache sème la terreur dans les rues et nargue les enquêteurs, le corps mutilé d’une jeune femme est découvert en ville. Que signifient ces notes de musique et ces marques de brûlures retrouvées sur sa peau et ces étranges plumes métalliques plantées dans son dos ?
Pour les inspecteurs Perkins et Bowie, une nouvelle enquête s’ouvre. Se pourrait-il qu’un deuxième meurtrier soit à l’œuvre ? Que faire quand deux tueurs en série rivalisent de cruauté et que la ville devient leur terrain de jeu ?
Plongez au cœur des Bayous aux côtés de Grace, une intrépide cartomancienne et démêlez les ficelles de cette enquête musicale aux multiples rouages…
MON avis
Encens est le troisième roman de Johanna Marines. Je l’ai lu dans le cadre du PLIB2022 puisqu’il fait partie des 5 finalistes.
 
Encens est un thriller se déroulant dans un univers steampunk ou plutôt voltpunk pour être plus précis. Ainsi on retrouve l’esthétique steampunk à travers les automates, élément fondamental du récit, qu’ils soient humains ou animaux, mais l’énergie principale qui est exploitée ici est l’électricité. L’intrigue se déroule en Nouvelle Orléans au début du XXe siècle, à l’époque où sévissait le célèbre tueur en série, l’homme à la hache, figure qui est reprise et réinterprétée dans le récit. Encens est construit à la manière d’un roman choral nous invitant à découvrir les points de vue de différents personnages : Grace tout d’abord une jeune cartomancienne qui possède un don de clairvoyance lorsqu’elle entre en contact avec d’autres personnes, William, son père, et principal enquêteur sur les crimes de l’homme à la hache, ainsi que Ian, un mystérieux psychiatre qui semble assez perturbé. D’autres points de vue que je vous laisse découvrir sont également présents, mais de manière plus aléatoire. 
 
L’intrigue d’Encens est assez entraînante et on sent une profonde réflexion derrière sa construction. L’enquête pour découvrir l’identité du tueur à la hache va venir se mêler à la vie de Grace et faire ressurgir des secrets concernant son passé. Ainsi, plus les pages avancent et plus la connexion entre les différentes histoires et les différents points de vue s’intensifient. L’ombre du tueur à la hache va entraîner Grace dans une quête identitaire qu’elle n’aura jamais penser devoir mener et la conduire à déterrer de lourds secrets de famille. L’intrigue est donc très riche et fonctionne comme un engrenage, chaque élément influençant les autres. Ainsi le thriller côtoie l’aspect secret de famille et l’univers steampunk amène en plus une réflexion autour de la condition des automates et par extension du racisme. 
 
Si Encens possède plein de bonnes idées et fonctionne très bien comme pur divertissement, en creusant un peu plus, on ne peut s’empêcher de remarquer quelques faiblesses au récit. La principale est pour moi l’immersion dans cette Nouvelle-Orléans voltpunk du XXe siècle. Si l’esthétique voltpunk est très bien retranscrite avec la présence importante et originale d’oiseaux mécaniques, le voyage vers la Nouvelle-Orléans ne se fait pas. Pour avoir lu plusieurs romans mettant en scène cette ville, je n’ai pas retrouvé ici son ambiance si atypique et festive, son mélange de culture, ses bayous… L’autrice est très avare en descriptions, ce qui malheureusement donne un aspect interchangeable à son univers. Le récit aurait pu se dérouler dans n’importe quelle autre ville sans qu’on y voie de différence. L’histoire de l’homme à la hache est elle aussi largement revisitée. A part dans les premières pages du récit où l’autrice utilise une vraie lettre du tueur, elle détourne énormément les caractéristiques de ce tueur en série, conservant surtout son utilisation de la hache, bien sûr et son amour pour le jazz. L’autrice ajoute même un deuxième tueur dans l’intrigue faisant concurrence à l’homme à la hache, ce que j’ai trouvé intéressant pour redynamiser le rythme du récit dans sa seconde moitié, mais qui montre à quel point on s’éloigne du cadre historique. 
 
De manière générale, j’ai trouvé un certain manque de profondeur au récit. Les personnages ont une personnalité très stéréotypée avec des réactions manquant souvent de finesse. Le roman semble pourtant vouloir proposer une réflexion sur la psychologie des personnages à travers Ian, un psychiatre à la personnalité complexe, mais aussi en donnant directement les points de vue des tueurs et prenant le temps d’expliciter leur histoire et leur passé. Malgré ces bons éléments, leur psychologie ne m’a pas semblée crédible, leur personnalité a manqué pour moi de force et de subtilité. Les thématiques abordées par l’autrice et particulièrement la condition des automates m’a semblée également assez factice. C’est un sujet qui est assez classique et qu’on retrouve communément dans les romans qui mettent en scène des automates, et je n’ai pas eu l’impression que le roman me proposait une réflexion nouvelle autour de cette thématique. Finalement, j’ai eu l’impression que l’autrice voulait mettre en scène trop de choses, jouer avec les non-dits et les apparences sans que ce soit assez maîtrisé. La fin aurait pu être excellente, car on sent une volonté de tout remettre en question à la manière des plus grands thrillers. Cela ne fonctionne pas très bien ici, car la narration n’est pas assez solide, ce qui entraîne des incohérences et des maladresses. J’ai tout de même apprécié le dénouement et les révélations finales.
 
Finalement, si je reproche pas mal de choses à ce roman, c’est qu’il avait pour moi un très bon potentiel. Si on s’arrête à l’intrigue en elle-même, elle propose un très bon divertissement qui, je n’en doute pas, ravira de nombreux lecteurs. Mais j’ai la sensation que ce roman aurait pu être bien plus qu’un simple divertissement, car on ressent l’imagination de l’autrice et son désir de construire des intrigues complexes et de jouer avec les apparences. J’espère qu’elle continuera à développer sa plume et ses intrigues, et je ne doute pas de la qualité de ses prochains écrits. Et je vous conseille de découvrir celui-ci s’il vous tente !
 
avis mitigé
 
 

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3 réflexions sur “[Chronique] Encens, de Johanna Marines #PLIB2022

  1. OmbreBones 29 juin 2022 / 6 h 12 min

    De mémoire son premier roman avait aussi été finaliste et j’avais abandonné ma lecture parce que je trouvais les personnages fades et l’univers déjà vu 😅 ça n’a pas l’air de s’arranger beaucoup. Chronique très intéressante en tout cas !

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 1 juillet 2022 / 16 h 01 min

      Non elle avait été dans le sélectionnés je pense mais pas dans les finalistes, c’est la première fois que je lisais l’autrice ! Mais contente que ma chronique ait été instructive 😀

      Aimé par 1 personne

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