[Chronique] Le Fort intérieur et la sorcière de l’île Moufle, de Stella Benson

Le Fort intérieur
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« Je trouve que bien des gens n’arrivent pas à utiliser le mot « fondu » sans y ajouter « comme neige au soleil ». Ces personnes ont l’esprit confus, comme un jardin semé d’un tas d’expression dans le vent. Le dragon avait d’ailleurs dit « à quel point », sans pour autant qualifier le point en question ; un manque de précision qui expliquerait son problème d’autorité. »


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Le Fort intérieur et la sorcière de l’île Moufle
Autrice :
Stella Benson
Illustration : Anouck Faure
Traduction : Faustine Lasnier
Éditeur : Callidor
Genre : Fantasy
Date de parution : 15 octobre 2020 (initialement 1919)
Nombre de pages : 267
Prix : 19 €
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Synopsis
Le regard sans cesse accroché au ciel, constellé de bombes allemandes, Sarah Brown n’a pour toute richesse que sa valise, baptisée Humphrey, de bonnes intentions et une bienveillante inefficacité… Mais lorsqu’elle croise la route du fidèle Harold, un balai égaré par une sorcière londonienne, c’est pourtant bien à elle qu’il incombe de le restituer à sa propriétaire. Avec son chien David, Miss Brown découvre alors l’île Moufle, nichée entre la Forêt Enchantée et la Commune de la Faërie, où se dresse une petite maison curieusement nommée « le Fort Intérieur »…

MON avis

Un mot sur ce roman et sur la maison d’édition

Je tiens tout d’abord à remercier les éditions Callidor qui ont gentiment accepté de m’envoyer ce roman. Si vous ne la connaissez pas, cette petite maison d’édition possède une collection nommée « L’âge d’or de la fantasy » dans lequel ils rééditent des auteurs « oubliés » de fantasy, ceux qui ont contribué à l’émergence de ce genre littéraire bien avant des auteurs comme Tolkien. Stella Benson fait partie de ces auteurs. Elle a publié Le Fort Intérieur en 1919 sous le titre Living Alone

Je tiens à saluer la qualité d’édition de cet ouvrage qui est ponctué de très jolies illustrations et est doté d’une postface contenant une petite analyse de cette œuvre et d’une biographie de Stella Benson. 

Une satire sociale

Le Fort intérieur est un récit très étrange dans lequel on suit Sarah Brown dont la vie va être bouleversée par sa rencontre fortuite avec une sorcière. Cela l’amène à découvrir, le fort intérieur, un monde complètement à part en plein cœur de Londres. Ce roman se construit plutôt sous la forme de petite scénettes que via une vraie trame linéaire, même si le roman suit un ordre chronologique. Chaque chapitre présente ainsi une situation différente mettant en avant Sarah Brown ou bien la sorcière elle-même. Ainsi certains chapitres sont plus intéressants que d’autres, mais le roman dans son ensemble offre un bon divertissement et surtout une vision très intéressante de ce Londres en pleine Première Guerre mondiale sous couvert de satire sociale

A l’instar de Terry Pratchett plus tard, Stella Benson se sert de l’humour et de l’absurde pour construire cette satire sociale. On suit des personnages socialement inadaptés à la société de l’époque qui se retrouvent dans un monde à part où tous les codes sont bouleversés. On se retrouve confronté aux pensées les plus étranges des personnages, on les voit commettre des actes qu’on a parfois beaucoup de mal à comprendre. Les personnages et les situations donnent un aspect très étrange au roman, qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais qui donne une forte identité au récit. Finalement, Le Fort intérieur est la métaphore de la vie intérieur de ces personnages qui va être décryptée au cours du récit. Ce qui est particulièrement intéressant est que l’autrice déconstruit tous les clichés liées aux contes et aux personnages fantastiques que l’on peut encore trouver aujourd’hui dans les romans de fantasy. Ainsi la sorcière est très loin de ce qu’on pourrait attendre d’un tel personnage. Le récit met également en scène en dragon qui loin d’être puissant et charismatique est plutôt timide et effacé.

Le Londres de la Première Guerre mondiale

Stella Benson a écrit ce roman au sortir de la première guerre mondiale et celle-ci a énormément influencée son écriture. En effet, ce roman se déroule à Londres pendant cette fameuse guerre et c’est donc forcément une thématique qui revient dans le récit. Ce sujet revient donc beaucoup dans les conversations des personnages et certains chapitres dépeignent même des scènes de guerre tels que des bombardements. Mais encore une fois, l’autrice nous prend à contrepied en jouant avec l’ironie donnant à cette guerre un aspect incongrue et absurde.  

Malgré le fait que ce roman ait été écrit dans les années 20, j’ai trouvé qu’il n’avait pas du tout vieilli et qu’on aurait pu l’écrire à notre époque. Bien sûr, le roman est parsemé de références liées à l’Angleterre de l’époque que ce soit des célébrités de l’époque ou des marques qui existaient vraiment (et existent peut-être toujours ?), ce qui le rend extrêmement vivant. Le mélange entre ce Londres ancré dans le réel et cet endroit inventé qu’est le Fort Intérieur accentue cette étrangeté que l’on ressent à le lecture du roman. Difficile de savoir où on a mis les pieds en commençant cette lecture et cette impression perdure jusqu’à la fin. Une lecture très atypique en soi, mais dans le bon sens du terme et je suis contente de voir ce genre de titres être finalement traduits ! 


Conclusion


Le Fort Intérieur est un récit mélangeant le réel et le fantastique en introduisant un monde féérique en plein cœur de Londres. L’autrice joue sur cet univers étrange, sur des situations incongrues et des personnages socialement inadaptés pour construire une satire sociale très réussie. Le récit se déroule durant la Première Guerre mondiale et aborde donc le thème de la guerre, mais de manière assez ironique et absurde. De la même manière, les différents personnages ont un caractère à l’opposé de ce qu’on pourrait attendre d’eux déconstruisant habilement les clichés de la fantasy.

Bonne lecture

7 réflexions sur “[Chronique] Le Fort intérieur et la sorcière de l’île Moufle, de Stella Benson

  1. Light And Smell 25 novembre 2020 / 9 h 06 min

    Le titre et la couverture m’avaient intriguée et ton avis me donne envie de lire le roman même si le côté absurde me fait un peu peur parce qu’en général, ça passe ou ça casse.
    En, revanche, cette idée de déconstruire les clichés liés aux contes et aux personnages fantastiques me plaît beaucoup tout comme l’idée de rencontrer un dragon timide et effacé 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 26 novembre 2020 / 20 h 49 min

      Oui c’est un aspect très sympa de l’histoire. Après le dragon est très peu présent, mais pour le principe c’est vraiment cool !

      Aimé par 1 personne

  2. Baroona 25 novembre 2020 / 12 h 29 min

    De l’atypique, c’est toujours bon à prendre. Vert m’avait déjà convaincu de lui donner sa chance, tu le confirmes. ^^

    Aimé par 1 personne

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