[Chronique] Quitter les monts d’automne, d’Emilie Querbalec

quitter les monts d'automne
 
« Dans cette société où aucune expression écrite n’était autorisée, on vénérait les conteurs comme des demi-dieux – et en vérité, ne l’étaient-ils pas un peu? Tels des oracles sacrés, ils donnaient vie et forme à des histoires assoupies dans les méandres invisibles du Flux, gardiens d’une mémoire aussi vieille que l’humanité. »


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Quitter les monts d’automne
Autrice :
Emilie Querbalec
Illustration : Manchu
Éditeur
: Albin Michel Imaginaire
Genre : Science-fiction
Date de parution : 2 septembre 2020
Nombre de pages : 442
Prix : 21,90 €
 
Synopsis
Recueillie par sa grand-mère après la mort de ses parents, la jeune Kaori vit dans les monts d’Automne où elle se destine à être conteuse. Sur Tasai, comme partout dans les mondes du Flux, l’écriture est interdite. Seule la tradition du « Dit » fait vivre la mémoire de l’humanité. Mais le Dit se refuse à Kaori et la jeune fi lle se voit dirigée vers une carrière de danseuse.Lorsque sa grand-mère meurt, Kaori hérite d’un rouleau de calligraphie, objet tabou par excellence, dont la seule détention pourrait lui valoir une condamnation à mort. Pour percer les secrets de cet objet, mais aussi le mystère qui entoure la disparition de ses parents, elle devra quitter les monts d’Automne et rejoindre la capitale.Sa quête de vérité la mènera encore plus loin, très loin de chez elle.
 
MON avis

Voilà une des sorties d’Albin Michel Imaginaire qui me tentait le plus : un roman d’une autrice francophone que je souhaitais découvrir qui nous emmène dans un univers entre fantasy et science-fiction aux inspirations japonaises. Rien que la couverture laisse présager un mélange étonnant entre ces univers et ce roman se révèle en effet bien surprenant à la lecture ! 

Un voyage étonnant

Quitter les monts d’automne nous emmène d’abord dans de douces contrées rythmées par les arts comme la danse ou le « Dit », l’art de raconter des histoires puisque toute forme d’écrit est interdite dans ce monde. On découvre la jeune Kaori qui n’a étonnamment pas reçu le don de conteuse et se destine donc plutôt à une carrière de danseuse. Mais la jeune femme rêve de découvertes et de voyage, notamment vers la Capitale qui représente un monde totalement étranger et nouveau pour elle. Lorsque l’occasion se présente pour elle de partir, elle entame un voyage qui va la mener bien plus loin que tout ce qu’elle aurait pu imaginer…

Le récit débute comme un roman initiatique classique. A travers une plume magnifique, pleine de poésie et sensibilité, Emilie Querbalec nous conte l’histoire d’une orpheline au départ assez naïve qui va se construire un destin et s’endurcir. J’ai eu un vrai coup de cœur pour le début de cette histoire. On est plongé dans un univers fascinant, effectivement très ancré dans la culture japonaise. Le cadre fait alors plutôt penser à un univers de fantasy et la douceur avec laquelle on découvre les lieux amène à l’émerveillement. Mais Emilie Querbalec choisit de bouleverser les codes de son univers en changeant totalement de registre dans la deuxième partie. Le voyage de Kaori nous fait basculer dans un pur récit de science-fiction au rythme nerveux et où la noirceur s’installe tout d’un coup. Le roman devient alors extrêmement surprenant et c’est vraiment ce côté étonnant qui fait alors tout le charme du récit. Voilà pourquoi je n’en dirais pas trop sur la deuxième partie, il est selon moi important de la découvrir sans savoir à l’avance où l’autrice nous emmène afin de vivre au mieux l’expérience de ce voyage ! 

Une deuxième partie très (trop ?) ambitieuse

Malgré l’univers étrange où elle nous emmène, Emilie Querbalec réussit à nous laisser un point d’ancrage à travers son héroïne, Kaori, personnage très humain dans lequel on peut facilement s’identifier. Kaori est un personnage qui possède une très belle sensibilité, on ressent facilement son aptitude pour les arts, ses fragilités dans la découverte d’un monde qui n’est pas le sien, mais aussi une grande force pour se relever après des épreuves et affronter son destin. Cependant, on peut parfois regretter sa passivité et le fait qu’elle subisse les choses plutôt que de vraiment les vivre. C’est compréhensible du fait de l’expérience qu’elle vit, mais cela donne parfois le sentiment un peu vain. 

Néanmoins, le fait de découvrir l’univers par ses yeux nous guide et nous évite d’être perdu dans son immensité et dans la profondeur des thématiques abordées dans le récit. Car l’autrice nous emmène dans des chemins assez complexes, interrogeant notamment sur la mémoire, la transmission… Des thématiques peu communes qu’il était très intéressant de voir abordées dans ce récit et qui auraient également pu être un peu plus creusées. Finalement, le récit semble rester assez en surface des choses. Les personnages secondaires sont peu nombreux et pas très développés, l’intrigue semble également flotter à la surface des choses. Les quelques mystères débutés dans la première partie ne sont pas réellement exploités dans le récit alors qu’elles auraient pu faire l’objet de belles révélations. Finalement, on sent que la destination et les messages étaient plus importants pour l’autrice que l’intrigue en elle-même et le chemin comporte donc quelques maladresses. Ainsi il est possible que la deuxième partie du récit laisse de côté certains lecteurs. La transition entre les deux parties est très abrupte et – trigger warning- l’avancée de l’intrigue repose sur un viol assez détaillé, ce qui ne plaira pas forcément à tous les lecteurs.

Néanmoins, la magnifique première partie et le voyage étonnant dans lequel nous emmène Emilie Querbalec compense les quelques défauts qui me semblent plus être une maladresse d’une autrice semblant vouloir nous offrir un roman ambitieux et très loin de ce qu’on peut nous proposer à l’heure actuelle en science-fiction francophone. De plus, la plume envoûtante et les thématiques très intéressantes proposées montrent clairement qu’Emilie Querbalec sera une autrice à suivre avec attention !


Conclusion


Quitter les monts d’automne est un roman qui débute comme un récit initiatique aux inspirations japonaises pour finalement nous emmener dans un voyage étonnant et extrêmement ambitieux. On suit la jeune Kaori, personnage sensible et attachant dans une aventure qui va nous mener dans une direction que l’on n’aurait jamais pu imaginer. Le roman passe ainsi d’une première partie douce et poétique dans un univers fascinant à une deuxième partie épique dans un univers de pur science-fiction. Les personnages et l’intrigue s’effacent alors un peu pour mettre en avant certaines thématiques comme la mémoire et la transmission des savoirs. La transition entre les deux parties un peu abrupte et déstabilisante pourrait laisser certains lecteurs de côté, mais malgré des maladresses, ce roman nous emmène dans un fabuleux voyage complètement dépaysant et éloigné de ce qu’on a l’habitude de lire.  

TB lecture

 

10 réflexions sur “[Chronique] Quitter les monts d’automne, d’Emilie Querbalec

  1. zoelucaccini 8 septembre 2021 / 7 h 27 min

    Tu me vends du rêve. Je le rajoute en bonus pour le pumpkin ^^

    Aimé par 1 personne

  2. lenocherdeslivres 8 septembre 2021 / 12 h 26 min

    C’est vrai que la deuxième partie est surprenante, mais, après un temps de surprise, elle m’a bien plu.
    Merci pour ce beau billet.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 11 septembre 2021 / 12 h 43 min

      Avec plaisir ! Oui elle est vraiment surprenante et c’est finalement très agréable de se laisser surprendre comme ça

      Aimé par 1 personne

  3. Yuyine 8 septembre 2021 / 14 h 37 min

    Très bon roman en effet et, comme toi, j’ai été davantage transportée par la première partie mais j’ai trouvé la seconde malgré tout très audacieuse, surprenante et sensationnelle dans sa conclusion. Un superbe roman.

    Aimé par 1 personne

  4. Tigger Lilly 12 septembre 2021 / 9 h 22 min

    Pareil j’ai eu du mal avec la seconde partie, me suis ennuyée, après avoir beaucoup aimé la première partie. Par contre j’ai bien aimé la fin.

    Aimé par 1 personne

  5. Shaya 12 septembre 2021 / 22 h 49 min

    Il est à noter comme « à tenter à l’occasion » depuis un moment chez moi, mais plus le temps passe, moins je suis sûre de le tenter….

    J'aime

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