[Chronique] Les attracteurs de Rose Street, de Lucius Shepard

Les attracteurs de rose street
 
« Je n’ai pas menti au Dr McGuigan : je ne sais rien hormis que je ne sais rien. Peut-être suis-je à cet égard pareil à tous les hommes, mais il me semble qu’ils sont inconscients de leur condition et, en conséquence, font montre d’une autorité dont je suis désormais incapable. »


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Les attracteurs de Rose Street
Auteur :
Lucius Shepard
Traducteur : Jean-Daniel Brèque
Illustration : Aurélien Police
Éditeur : Le Belial’
Genre : Fantastique
Date de parution : 30 août 2018
Nombre de pages : 129
Prix : 9,90 €
 
Synopsis
Londres, fin du XIXe siècle. Une métropole enfumée, étouffant sous le smog et les remugles de l’industrialisation en pleine explosion… Samuel Prothero est aliéniste. L’un des meilleurs de sa profession. Membre du sélect Club des Inventeurs, jeune homme respecté, son avenir est tout tracé dans cette société victorienne corsetée. Jusqu’à ce que Jeffrey Richmond, inventeur de génie mais personnage sulfureux, sollicite son expertise sur le plus étrange des cas. Troublante mission, en vérité, pour laquelle le jeune Prothero devra se résoudre à embrasser tout entier l’autre côté du miroir, les bas-fonds de la ville-monde impériale et ceux, bien plus effrayants encore, de l’âme humaine…
 
MON avis
Si j’ai beaucoup entendu parler du Dragon Griaule de Lucius Shepard, c’est avec Les attracteurs de Rose Street que j’ai choisi de découvrir cet auteur. Et l’alchimie a extrêmement bien fonctionné puisque j’ai vraiment beaucoup aimé cette novella qui est l’une de mes favorites jusqu’à maintenant dans la collection Une heure lumière des éditions Le Belial’. 
 
Les attracteurs de Rose Street nous emmène dans les ruelles sombres du Londres du XIXe siècle. Lucius Shepard décrit à la perfection ce Londres enfumé et très codifié partagé entre les beaux-quartiers et les véritables coupe-gorges. Si Samuel Prothero a plus l’habitude des beaux quartiers où il officie en tant que jeune aliéniste de talent et fait partie d’un club d’inventeurs où se retrouve toute l’aristocratie de l’époque, c’est dans des quartiers plus malfamés qu’il va être emmené pour résoudre une affaire assez délicate. Et c’est au cœur d’un ancien bordel que toute l’action du récit va se dérouler. Samuel Prothero va y être amené par un riche inventeur, Jeffrey Richmond, pour élucider le meurtre de sa sœur. Rien de très affriolant jusqu’à ce qu’il découvre que l’invention sur laquelle travaille Richmond a pour effet secondaire de faire apparaître des fantômes, dont bien sûr celui de la fameuse sœur assassinée.  
 
J’ai été charmée dès les premières pages par l’écriture très évocatrice de Lucius Shepard. La manière dont il réussit à rendre le décor de son récit si prégnant et tangible est bluffant. Dès les premières pages, il joue avec une ambiance assez malsaine et oppressante. L’atmosphère de ce Londres en pleine période industrielle est aussi étouffante que les états d’âme des personnages, que ce soit celles du personnage principal qui débute sa carrière et ressent donc la pression de bâtir une bonne réputation ou celles de l’inventeur prêt à tout pour résoudre le meurtre de sa sœur. Les passages mettant en scène le fantôme de la sœur ne sont pas en reste puisque, comme on peut en douter, elle n’a pas forcément beaucoup apprécié se faire assassiner… Ajoutez à cela une pointe de rivalités et de jalousie et vous obtiendrez une ambiance très lourde qui hypnotise et fascine de la première à la dernière page. Lucius Shepard excelle ainsi aussi bien pour construire des personnages gris dont on peut parfaitement comprendre les états d’âme que pour décrire les décors de son intrigue avec une voix aussi singulière que percutante. 
 
« Une cariole passa devant moi, dans un fracas digne d’un sac d’os traîné sur le pavé, tractée par un cheval moribond aux côtes visibles sous sa peau flasque, aiguillonné par un coché si emmitouflé dans ses guenilles que je ne voyais rien de lui hormis la vapeur de son haleine, ses joues rubicondes et ses sourcils blancs et broussailleux. »
 
L’intrigue des Attracteurs de Rose Street prend assez vite une tournure qui ne me plaît généralement pas dans mes lectures, puisqu’une romance s’installe dans le récit et devient centrale. Novella oblige, la romance va un peu vite à mon goût, mais sert également profondément bien l’intrigue et ne donne donc pas la sensation d’être une pièce rapportée qui n’avait rien à faire là sinon faire plaisir au lecteur. De plus Lucius Shepard gère suffisamment bien la construction ses personnages pour que ces passages de romance offrent des dialogues assez savoureux et contribuent à la tension extrême qui se dégage de ce texte. Outre la romance, c’est une petite enquête que va mener Samuel Prothero, une enquête qui va le plonger dans les plus noirs secrets de famille. Son profil d’aliéniste lui sera finalement bien utile pour décrypter l’âme des différents personnages, fantômes compris (!) et réussir à obtenir la clé du mystère. Finalement, la résolution de tout cela reste en grande partie prévisible, j’avais personnellement tout deviné à l’avance, mais cela ne gâche en rien cette lecture qui reste addictive et prenante du début à la fin.

En bref…


J’ai été subjuguée dès les premières pages par la plume de Lucius Shepard que je découvrais dans cette novella. Il retranscrit à la perfection l’ambiance du Londres du XIXe siècle grâce à des descriptions précises et très évocatrices. Sous la moiteur des rues de Londres et sous le couvert de fantastique, le récit prend assez vite des allures de romance. Comme à mon habitude, je n’ai pas été particulièrement sensible à ces scènes de romance, néanmoins, elles étaient essentielles à l’intrigue principale et s’intégraient parfaitement bien dans le récit. De plus, Lucius Shepard construit suffisamment bien ses personnages pour rendre la romance réaliste et pleine de forts enjeux. J’ai globalement beaucoup aimé le propos de cette novella, la critique de l’hypocrisie de la haute société londonienne ainsi que la part d’enquête dans le récit. Si j’avais deviné le fin mot de l’histoire, cela n’a pas gâché le plaisir de cette lecture rendue addictive et fascinante grâce à son atmosphère pleine de tension et de mystère. 

TB lecture

D’autres avis :  FeydRautha, Albédo, Aelinel, Célindanaé, Yogo, Bibliocosme, Blackwolf, Gromovar, Just a word, Lectures de Sophie, Elhyandra, Chien critique, L’ours inculte, Baroona, OmbreBones, Anouchka, Dragon galactique, Le culte d’Apophis, Livraisons littéraires, Les lectures du Maki, Yuyine

 

15 réflexions sur “[Chronique] Les attracteurs de Rose Street, de Lucius Shepard

  1. OmbreBones 20 novembre 2021 / 8 h 50 min

    Merci pour le lien ! Je garde un bon souvenir de cette lecture, j’ai découvert aussi l’auteur comme ça puis j’ai testé Griaule mais sans succès 😅 comme quoi..

    Aimé par 1 personne

  2. Tigger Lilly 20 novembre 2021 / 9 h 00 min

    Une très chouette novella, j’en garde un bon souvenir. Je relisais les comme de mon billet et je vois que tu disais te le garder pour Halloween. C’est chose faite :p

    Aimé par 1 personne

  3. UneBulledefantasy 20 novembre 2021 / 12 h 17 min

    Cela fait un moment que je souhaite découvrir cette collection. Une belle façon de découvrir de belles plumes.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 21 novembre 2021 / 20 h 11 min

      Oui c’est vraiment une collection à découvrir et c’est clair que le format court comme ça est idéal pour découvrir des auteurs !

      Aimé par 1 personne

  4. Lutin82 21 novembre 2021 / 18 h 20 min

    C’est un des rares UHL que je n’ai que modérément apprécié. Je n’ai guère adhéré à l’histoire.

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  5. Baroona 22 novembre 2021 / 8 h 54 min

    La plume de Lucius Shepard – et l’influence de Griaule – a encore frappé ! C’est sûrement, des trois novellas de l’auteur parues en UHL, celle que j’ai le moins préféré, mais elle reste tout de même une bonne lecture, parce que Lucius Shepard. (J’ai déjà dit que Lucius Shepard est un immense auteur ? 😇) J’espère que c’est pour toi le premier texte apprécié d’une longue série ! ^^

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  6. PatiVore 27 novembre 2021 / 23 h 49 min

    Je l’avais beaucoup aimé aussi ; par contre Abimagique beaucoup moins… Bon weekend 🙂

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