[Chronique] L’homme qui mit fin à l’histoire, de Ken Liu

L'homme qui mit fin à l'histoire
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« Au cours d’une période anormale, il a effectué des choix anormaux. Certains en prendraient peut-être prétexte pour affirmer qu’on ne peut pas le juger. Or, comment peut-on juger qui que ce soit, sinon dans les circonstances les plus anormales ? Quand le calme règne, rester civilisé et posé ne présente aucun problème, mais votre véritable personnalité n’émerge que dans les ténèbres et sous la pression ; s’agit-il alors d’un diamant ou d’un simple morceau de charbon ? »


 
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L’Homme qui mis fin à l’Histoire
Auteur :
Ken Liu
Traducteur : Pierre-Paul Durastanti
Illustrateur : Aurélien Police
Éditeur : Le Belial’
Genre : Science-fiction / Historique
Date de parution : 16 mai 2018
Nombre de pages : 107
Prix : 8,90 €
Synopsis
Futur proche.
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

MON avis

Comme souvent, j’ai ouvert ce livre sans rien en savoir et surtout sans connaître sa thématique principale et je ne m’attendais pas à trouver dans ces 107 pages un texte si puissant et bouleversant. Il est très difficile de parler de ce livre et impossible de retranscrire toute son intensité donc j’espère que cette chronique vous donnera quand même un aperçu de ce qu’est L’homme qui mit fin à l’histoire

Les horreurs de l’unité 731

Les premières pages sont déstabilisantes tant sur le plan de la narration que de l’intrigue. La narration tout d’abord est faite sous forme d’un reportage interviewant tour après tour différents protagonistes à propose de l’Unité 731. Scientifiques, historiens, descendants de victimes, anonymes… le récit donne la parole à tous ceux qui veulent s’exprimer afin de mettre en lumière cette période historique tragique. Si vous ne connaissez pas l’histoire de l’unité 731, je pense que ce roman en sera d’autant plus marquant (comme il l’a été pour moi) et c’est pourquoi je n’expliquerai pas dans cette chronique de quoi il s’agit. Je peux simplement dire qu’il est question d’expérimentations réalisées par une unité japonaise sur la population chinoise (entre autres) du Mandchourie à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Expérimentations bien réelles, mais qui sont aujourd’hui à peine reconnues par le gouvernement japonais qui n’a jamais fourni d’excuses. Les détails de ces expérimentations sont donnés sans censure dans le texte donc soyez-en avertis avant de vous lancer ! Les horreurs dont on est témoin à la lecture de ce roman sont bouleversantes. Il est d’autant plus bouleversant de voir que ces évènements sont très peu connus et que beaucoup les remettent en question comme Ken Liu nous le démontre avec beaucoup de finesse. 

La narration sous forme de reportage est déroutante et ne permet pas au lecteur une lecture linéaire dans laquelle on s’insère aisément. Le début du récit est également focalisé sur l’aspect science-fiction avec des descriptions scientifiques assez pointues qui décrivent les technologies utilisées. Je reviendrai sur cet aspect dans la deuxième partie de la chronique, mais il ne faut pas avoir peur de la science-fiction qui entre entièrement dans ce texte au service de la réalité historique. Une fois le début un peu difficile passé, le récit est captivant, notamment pour les questionnements qu’il soulève. Ken Liu aborde la thématique de l’Unité 731 de manière impressionnante. Il est difficile d’aborder des sujets aussi délicats en restant factuel et sans pour autant tomber dans l’excès d’horreur ou dans une curiosité malsaine. Ken Liu le fait avec beaucoup d’humilité sans tomber dans le sensationnel et en jouant parfaitement bien entre fiction et essai historique. 

La science-fiction au service de la réalité historique

Dans ce récit, des scientifiques ont rendu possible les voyages dans le temps et donc la possibilité de revivre des évènements historiques, ce qui permet bien sûr de prouver leur véracité. Aucune victime n’est sortie vivante de l’Unité 731 et n’a donc pu témoigner. Seuls les coupables ont pu donner leur version des faits, ce qui explique en partie pourquoi ce pan de l’histoire est aussi méconnu et controversé. Grâce à son système très habile de voyage dans le temps Ken Liu trouve un moyen de prouver les agissements de l’Unité 731. Mais dans le récit, ce sont les familles des victimes et non les historiens qui vont pouvoir découvrir les évènements introduisant de nombreuses réflexions autour de la véracité historique, du travail des historiens et des notions de justice et de devoir de mémoire, notamment. 

La science-fiction est finalement très peu présente dans le récit, utilisée en toile de fond par l’auteur pour faire connaître cette période de l’histoire et questionner de manière beaucoup plus globale sur le devoir de mémoire et sur les crimes dont l’humanité est capable. En à peine 107 pages, Ken Liu propose énormément de pistes de réflexion et le récit continue de résonner dans mon esprit après la lecture. Je m’interroge beaucoup en ce moment sur la nature humaine et les choses dont sont capables les hommes dans des circonstances particulières. Ce texte est arrivé comme en échos à mes questionnements et m’a apportée des pistes de réflexion très intéressantes (mais pas très réjouissantes il faut l’avouer). La citation que j’ai mis en début de cette chronique illustre parfaitement cela et est très révélatrice sur ce qu’on peut découvrir dans ce récit. Finalement, Ken Liu réussit dans un texte si court à être extrêmement percutant et à nous apporter de très nombreuses pistes de réflexion sans jamais nous imposer les choses de manière gratuite. 


Conclusion


Ken Liu revient sur les horreurs commis par l’Unité 731 dans un récit sous forme de reportage assez perturbant dans la forme, mais qui sert parfaitement bien son intrigue. Sans épargner le lecteur ni tomber dans la violence gratuite, il utilise ce contexte historique associé à une touche de science-fiction pour interroger sur de nombreuses notions comme la réalité historique, le devoir de mémoire et la nature humaine. Entre fiction et essai historique, Ken Liu nous offre un récit troublant et percutant dont on ne ressort pas indemne. 

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12 réflexions sur “[Chronique] L’homme qui mit fin à l’histoire, de Ken Liu

  1. lefantomevagabond 15 mai 2020 / 6 h 16 min

    Whaou ça a l’air vraiment d’être une lecture aussi intéressante qu’ intelligente

    Aimé par 2 personnes

  2. Lisibles Songes 15 mai 2020 / 21 h 46 min

    Dis-dont ta chronique donne drôlement envie
    Je m’interroge moi aussi, sans doute à cause des évènements (confinement, covid, cette espèce d’individualisme qui s’est dévoilé à certains moments de ce confinement…) sur l’homme et ce qu’il est capable de faire.
    Il y a deux jours, j’ai lu Les meurtres de Molly Southbourne, de la collection une heure lumière, et j’ai beaucoup entendu parler de l’homme qui mit fin à l’histoire en terme de réussite dans cette collection… Il semble effectivement très intéressant, surtout qu’en ce moment j’ai envie découvrir plus de choses sur l’Histoire… C’est définitivement un livre que je dois lire ! Merci pour ce partage 🙌🏻

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 16 mai 2020 / 15 h 04 min

      Ah oui si tu t’interroges sur tout ça et que tu as apprécié Les meutres de Molly Southbourne, je te conseille vraiment celui-ci !

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  3. Baroona 17 mai 2020 / 9 h 45 min

    C’est tellement frappant de découvrir ça sans réelle connaissance de la chose en effet, presque – voire complètement – choquant. Et Ken Liu réussit pourtant à aller au-delà de ça, c’est vraiment du bel ouvrage.

    Aimé par 1 personne

    • Sometimes a book 18 mai 2020 / 9 h 35 min

      Oui c’est vraiment choquant, même si je lis énormément sur ce genre de sujets donc ça ne m’a pas vraiment étonnée. Et comme tu dis Ken Liu en parle vraiment bien donc ça va vraiment plus loin que juste l’horreur !

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