[Chronique] Borne de Jeff Vandermeer

Borne

« Il savait désormais qu’on pouvait lui faire du mal. Qu’il était vulnérable. Aucune joie n’aurait plus la même saveur qu’avant pour lui. Aucun amusement non plus. Parce que derrière, il y aurait cette connaissance irréfutable : il pouvait mourir. »


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Borne
Auteur :
Jeff Vandermeer
Traduction : Gilles Goullet
Éditeur : Au Diable Vauvert
Genre : Science-fiction
Date de parution  : 8 octobre 2020
Nombre de pages : 460
Prix : 22 €
Synopsis
Dans une ville en ruine, détruite par la sécheresse et les conflits où les humains survivent comme des charognards, Rachel trouve Borne pendant une mission de récupération et le ramène à la maison. Borne est une masse verte vivante, plante ou animal inconnu, mais dégage un étrange charisme. Mère refoulée, Rachel garde Borne et s’attache à la créature comme à un enfant. Doué d’empathie, Borne montre à Rachel la beauté dans la désolation qui l’entoure. Et alors que la créature grandit et commence à menacer l’équilibre du pouvoir dans la ville, elle modifier profondément les perceptions et émotions de ceux qu’elle côtoie.

MON avis

Jeff Vandermeer est un auteur américain surtout connu en France pour sa Trilogie du Rempart Sud dont le premier tome a été adapté en film par Netflix et pour son recueil de nouvelles La cité des Saints et des Fous qui sera réédité en fin d’année 2021 par les éditions Au Diable Vauvert. Fin 2020, cette maison d’édition nous a également offert la traduction de Borne, un roman paru initialement en 2017.

Un univers post-apocalyptique comme on en voit peu

Borne prend place dans le futur plus ou moins proche, sans qu’on nous donne vraiment de date pour le situer précisément, après une période apocalyptique. Ainsi, l’héroïne, Rachel (tiens comme dans la trilogie du Rempart Sud si mes souvenir sont exacts, serait-ce un petit clin d’œil ?) nous livre des bribes de ses souvenirs d’enfance hanté par la mort et la destruction permettant de mieux comprendre comment le monde est devenu ce qu’il est. Car c’est un monde bien étrange que nous livre Jeff Vandermeer, un monde dominé par un ours géant volant dans le ciel nommé Mord qui terrorise une partie de la population tout en devenant un culte pour les autres. Oui, un ours, vous avez bien lu et, si cela vous semble bizarre, c’est pourtant bien tout le contraire à la lecture. Jeff Vandermeer nous emmène dans son univers weird à souhait, mais tout fonctionne si bien et s’intègre bien dans le paysage que ça nous semble bien vite naturel. Alors quand arrive Borne, un être retrouvé par Rachel sur la fourrure de Mord qui va se mettre à grandir et même à parler, c’est surtout de l’émerveillement plus que de l’incrédulité que l’on ressent. Borne est un être profondément bizarre que l’on va voir grandir et évoluer au fil des pages de ce récit et même si on ne comprend pas son origine ni son essence, on accepte aisément sa présence tant ce personnage colle avec l’univers construit.

Il faut dire que Jeff Vandermeer nous offre un récit extrêmement ambivalent. Il réussit à faire de ce monde en ruine complètement désolé et cauchemardesque dans lequel la survie est un enjeu de chaque instant, un univers riche, coloré et solaire. Je n’avais encore jamais vu dans un roman un monde post-apocalyptique pareil, l’auteur réinvente vraiment ce genre littéraire avec cet univers si original réussissant à allier terreur et enchantement. On ressent tout aussi bien ces deux émotions : la tension et la peur constante dans lesquelles vivent les personnages, mais aussi le côté enchanteur de la nature qui reprend ses droits, de la naïveté de Borne qui découvre ce monde sans avoir rien connu d’autre et aussi de la magnifique relation d’amour quasiment filial qui se noue entre Borne et Rachel. A travers ce lien, le roman interroge ainsi sur de nombreux sujets comme la nature humaine, le pardon, l’apprentissage et le changement, le bien et le mal avec une force et une profondeur incroyable.

Un roman aussi bouleversant que réconfortant

Si Borne est un roman profondément étrange, cela n’en fait pas pour autant un roman difficile d’accès bien au contraire. J’ai été impressionnée par la fluidité de la plume et la facilité avec laquelle Jeff Vandermeer nous emmène dans son univers et ne nous lâche plus si bien que j’ai rarement dévoré un récit aussi rapidement. Ayant lu La trilogie du Rempart Sud, je m’attendais à une narration du même style, mais Borne est finalement bien plus abordable. Même si vous n’avez pas aimé cette trilogie, je ne peux que vous encourager à laisser sa chance à Borne, les deux œuvres n’ont absolument rien à voir et je pense que Borne sera beaucoup moins clivant et pourrais même facilement être lu par des personnes pas forcément familières avec la science-fiction.

Comme je le disais précédemment, Borne est un roman extrêmement ambivalent dans son univers, mais cette ambivalence ne s’arrête pas là. Jeff Vandermeer en joue énormément, notamment avec le personnage de Borne, qui devient de plus en plus complexe au fil du récit. Si Borne est extrêmement attachant et qu’on a tendance à l’idéaliser au début du récit comme une mère le ferait de son enfant, sa nature même finit par s’imposer. Rachel, comme nous lecteur, allons devoir accepter le fait que Borne n’est pas humain et les conséquences qui en découlent sont bouleversantes. En parallèle, ce roman nous livre une quête de mémoire à travers le personnage de Rachel et de son colocataire/compagnon Wick qui offre elle aussi son lot de bouleversements. Si ce roman m’a littéralement brisé le cœur, il est en même temps étrangement réconfortant. Ce récit nous livre en effet des personnages complètement brisés, mais qui ne baissent jamais les bras et tentent de survivre en se raccrochant à ce qu’ils peuvent même dans les pires situations. Ces personnages sont extrêmement touchants et nous emmènent dans un récit passionnant dans lequel l’amour surpasse finalement l’horreur et le malheur. Même les « méchants » de l’histoire sont loin d’être manichéens et dégagent quelque chose de touchant. Je pourrais encore en dire bien plus sur ce roman tant j’ai aimé cet univers et le personnage de Borne qui m’a profondément émue et tant il y a à dire sur la richesse de ce récit, mais je préfère ne pas trop vous en révéler et vous laisser découvrir ce roman avec des yeux d’enfants semblables à ceux de Borne.


Conclusion


Borne nous emmène dans un univers post-apocalyptique comme on en voit assez peu. Jeff Vandermeer nous dépeint un monde dévasté, violent dans lequel certains groupes d’individus adorateur d’un ours géant font régner la terreur. Et pourtant, cet univers post-apocalyptique est également profondément beau et coloré. L’auteur utilise l’horreur pour façonner du merveilleux et il ressort de ce roman autant de violence que de beauté, autant d’espoir que de mélancolie. Borne c’est également une étrange créature trouvée par hasard par Rachel et que l’on va voir se développer au fil des pages. Une magnifique relation d’amour filial se tisse entre les personnages interrogeant sur les notions d’apprentissage, de pardon et surtout d’humanité. Car Borne n’est pas humain, mais qu’est-ce que ça signifie vraiment que d’être humain ? Les réponses à cette question sont tout simplement bouleversantes et pourtant le récit ne tombe jamais dans le pessimisme, car l’intrigue se veut également étrangement réconfortante comme si malgré tout, tout était comme il devrait être. Il est évident que Borne fait désormais partie du panthéon de mes plus belles lectures et qu’il sera une de mes plus belles découvertes de cette année 2021.

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D’autres avis : Les carnets dystopiquesJust a wordGromovar – ?

7 réflexions sur “[Chronique] Borne de Jeff Vandermeer

  1. OmbreBones 4 mars 2021 / 5 h 35 min

    Je ne pensais pas du tout que ce roman parlait de ça 😳 merci pour la découverte ! Ce n’est pas le genre de texte que j’ai envie de lire pour le moment mais c’est intéressant malgré tout d’en savoir un peu plus sur ce titre ☺️

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  2. Baroona 4 mars 2021 / 12 h 31 min

    Woh, il a l’air de t’avoir vraiment marqué. Je n’étais pas particulièrement attiré jusque-là, pas vraiment mon style, mais tu me fais un peu douter. Si je veux lire un Vandermeer un jour, je note de me lancer dans celui-là.

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