[Chronique] Les maîtres enlumineurs – tome 2 : Le retour du hiérophante, de Robert Jackson Bennett

Les maîtres enlumineurs 2

« J’ai déjà vu cela bien des fois. Et j’ai vu cette idée échouer bien plus souvent qu’elle n’a triomphé. La soif de contrôle d’un empereur survivra toujours au désir d’équité et d’idéal d’un moraliste. Et même si vous réussissez, ce sera en utilisant des avantages qui seront par la suite employés pour façonner de nouvelles hiérarchies, de nouvelles élites. »


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Les maîtres enlumineurs – tome 2 : Le Retour du hiérophante
Auteur :
Robert Jackson Bennett
Traduction : Laurent Philibert-Caillat
Illustration : Didier Graffet
Éditeur
: Albin Michel Imaginaire
Genre : Fantasy
Date de parution : 29 septembre 2021
Nombre de pages : 405
Prix : 24,90 €
 
Synopsis
Une des quatre maisons marchandes de Tevanne est tombée. Sancia Grado et ses associés ont non seulement changé l’histoire de la cité, ils ont aussi créé Interfonderies dans le but de démocratiser l’art magique de l’enluminure. Mais la jeune entreprise a beau accomplir des prouesses, celles-ci ne suffisent pas à la maintenir à flots. La concurrence est rude, et les grandes maisons marchandes de Tevanne sont prêtes à tout pour écraser Sancia et l’idéal qu’elle représente. C’est alors qu’une ancienne puissance vogue en direction de Tevanne : un hiérophante. Un adversaire qui connaît et maîtrise l’enluminure mieux que personne, fasciné en outre par Sancia et ses pouvoirs. Pour survivre à cette menace et sauver ceux qu’elle aime, la jeune femme devra percer le secret le mieux gardé de l’univers, : celui des origines de l’enluminure.
 
MON avis
Le premier tome des Maîtres enlumineurs fait partie de mes plus gros coups de cœur de l’année 2021 et j’étais donc ravie de repartir en direction de Tevanne pour découvrir la suite des aventures de Sancia et ses co-équipiers.
Les évènements du Retour du hiérophante prennent place trois ans après ceux du premier tome. Suite aux bouleversements provoqués par Sancia, les choses ont bien changé à Tevanne et les grandes maisons marchandes ont perdu leur mainmise sur l’art de l’enluminure. Même si tout n’est pas rose, les choses s’améliorent donc un peu, jusqu’à ce que Sancia soit prévenue du retour d’un hiérophante, un maître de l’enluminure qui menace tout ce qu’elle tente de (re)construire.
C’est avec grand plaisir que l’on retourne dans cet univers toujours aussi complexe et qui continue à s’étoffer. Si l’intrigue se déroule toujours à Tevanne, la ville a bien changé et c’est agréable de voir les changements qui ont opéré pour Sancia, mais aussi de la retrouver faire ce qu’elle fait de mieux : voler. Ainsi, comme le premier tome, le deuxième s’ouvre sur une des missions de Sancia, de quoi nous remettre directement dans le bain. Ce deuxième tome reprend d’ailleurs beaucoup d’éléments du premier, surtout dans sa première partie. On retourne sur la Montagne, on suit Sancia et ses compagnons réfléchir des heures à propos des enluminures, cet art toujours aussi fascinant et finir par improviser… Les ingrédients du tome 1 sont donc à nouveau bien présents et on risque de ressentir un petit goût de déjà-vu. Cependant, la deuxième partie prend une tout autre direction en introduisant un antagoniste, le fameux hiérophante, extrêmement bien construit et qui apporte beaucoup de corps au récit.
Ainsi l’antagoniste de ce roman est pour moi le point fort de ce deuxième tome. Il est rare que les ennemis des personnages principaux soient si développés et que leurs intentions soient si bien explicitées. Même si, le hiérophante, Crasedes, possède une certaine folie, l’auteur nous permet de comprendre les motivations de ce personnage et ce qui l’a amené à devenir ce qu’il est. De ce point de vue, le récit est loin d’être manichéen, les intentions du hiérophante sont d’ailleurs tout à fait louables et c’est bien ça qui est le plus fascinant : Robert Jackson Bennett montre qu’avec les meilleures intentions du monde, on peut finir par faire le mal. 
« Toute innovation jaillie des mains de l’homme finira par être utilisée pour tuer et dominer. Ainsi, lorsque j’ai créé mon empire, j’ai pensé que quitte à avoir des rois, eh bien, autant que ce soit selon mes propres termes, et que je les force à se comporter correctement – à innover et à construire, oui, mais sans l’inévitable glissement dans la sauvagerie. »
Les passages de confrontation entre Crasedes et Sancia sont pour moi les plus réussis du roman. Non seulement l’auteur nous offre un ennemi à la hauteur de la magnificence de son univers, mais il offre également de très nombreuses pistes de réflexion à travers ce personnage. L’auteur interroge sur l’innovation, sur l’utilisation des nouvelles technologies et ses détournements, sur la nature humaine en elle-même qui pousse l’être humain à se servir de bonnes choses pour en créer de mauvaises. Le roman pousse bien sûr les réflexions beaucoup plus loin que ça et les personnages sont si bien nuancés, qu’on ne sait parfois plus à qui on doit faire confiance. 
Si ce tome 2 est donc encore une fois excellent grâce à l’incroyable univers développé par Robert Jackson Bennett, grâce à son antagoniste apportant à la fois des moments épiques et des moments de réflexion et aux personnages hyper attachants dont les liens se resserrent encore plus ici, le roman tombe tout de même dans quelques travers que je craignais à la lecture du premier tome.
Ainsi dans ce tome 2 le système de magie – les enluminures – devient à la fois la force et la faiblesse du roman. Les possibilités sont si nombreuses avec cette magie que cela apporte à la fois de forts rebondissements et des facilités scénaristiques. L’art de l’enluminure est si complexe, qu’il est parfois difficile de bien comprendre où l’auteur veut aller et parfois les choses semblent justement aller trop loin. Ainsi j’ai ressenti parfois un manque d’explications sur l’utilisation de l’enluminure et parfois un sentiment de facilité comme si l’auteur disait « mais si c’est possible c’est l’enluminure, ne cherchez pas à comprendre » me laissant un peu perplexe. Ces éléments associés au fait que l’humour, que j’avais tant aimé dans le premier tome, était absent ici, ont fait que je me suis moins investie dans ce deuxième tome que dans le premier. Je suis donc globalement sentie plutôt spectatrice de cette lecture alors que j’avais complètement vibré avec les personnages dans le premier tome. Je suis donc un peu déçue de n’avoir pas ressenti les mêmes émotions à la lecture des deux tomes, mais le tout reste quand même excellent et j’ai bon espoir que le troisième tome ravive les sensations ressenties à la lecture du premier !
 
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3 réflexions sur “[Chronique] Les maîtres enlumineurs – tome 2 : Le retour du hiérophante, de Robert Jackson Bennett

  1. tampopo24 13 octobre 2021 / 6 h 10 min

    Pour ne pas en savoir trop vu que c’est ma prochaine lecture, j’ai lu en diagonale, mais je suis ravie d’apprendre qu’il y a un antagoniste de qualité qui arrive. En général, j’adore ce genre de personnage, ce sont souvent mes préférés alors j’ai hâte, malgré tes bémols sur d’autres aspects 😅

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